Oui à la globalisation de l’empathie

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Recevant fin avril les participants d’une conférence internationale de médecine régénérative, consacrée à la recherche en vue de guérir les maladies rares – qui touchent au moins 300 millions de personnes dans le monde, dont de très nombreux enfants – le Saint-Père a appelé à résister à la globalisation de l’indifférence par « la globalisation de l’empathie ». Ses paroles valent pour toute forme de faiblesse sociale, qu’il s’agisse de l’intégration des migrants – « les migrants sont un don, pas un poids » – ou d’autres questions concernant la dignité humaine, physique et spirituelle.
Il s’adresse aux hommes et aux femmes des diverses confessions religieuses, plus largement encore à ceux qui sont simplement ouverts aux valeurs universelles. Là est la force de François, et c’est pourquoi « ce pape est une bénédiction », comme l’écrit Marwane Ben Yahmed dans l’éditorial récent de l’hebdomadaire Jeune Afrique : « Ses paroles comme ses actes portent bien au-delà de la communauté catholique. Sur toutes les grandes questions du moment –richesse et pauvreté, mondialisation, modernité, dérives du pouvoir, équité, justice, rôle de la femme ou environnement -, il montre l’exemple et le chemin à tous. Il est une source d’inspiration. Qu’il en soit remercié ».
De fait, en ces temps troublés où même des catholiques sont tentés par le contre-témoignage absolu du repli sur soi, la Providence nous donne un guide sûr, toujours sur la brèche, se consumant au service de l’espérance et de la fraternité. Ainsi, alors que nous étions réunis à la villa Borghese, au cœur de Rome, dimanche 24 avril, pour partager nos expériences de solidarité concrète, avec les Focolari dans le cadre du « Village pour la Terre », François nous a fait la surprise d’une visite et d’un message inoubliables (http://www.focolare.org/fr/news/2016/04/26/papa-francesco-in-mariapoli/).
Après nous avoir écoutés notamment à propos du service des plus pauvres et du dialogue interreligieux, vécus sur le terrain, deux images lui sont venues à l’esprit : le désert et la forêt. « J’ai pensé: ces gens, vous tous, prennent le désert pour le transformer en forêt. Ils vont là où il y a le désert, là où il n’y a pas d’espérance, et font des choses qui transforment ce désert en forêt. La forêt est pleine d’arbres, elle est pleine de vert, mais trop désordonnée… Mais la vie est ainsi ! Et passer du désert à la forêt est un grand travail que vous faites. Vous transformez les déserts en forêts ! », a-t-il dit d’abord, de façon spontanée, tandis que nous nous sentions comme en famille avec lui. « Vous faites un miracle avec votre travail de changer les déserts en forêts : allez de l’avant ainsi », insista-t-il, nous encourageant à agir à partir du réel, en tant que laïcs, sans tomber dans l’idéologie.
« Nous, chrétiens, connaissons bien ce qu’a fait le prêtre avec le pauvre homme tombé sur le chemin… pour ne pas voir, pour ne pas s’approcher (cf. Luc 10, 30-37). Celui qui ne prend pas de risques ne peut jamais s’approcher de la réalité : pour connaître la réalité, mais aussi pour la connaître avec le cœur, il est nécessaire de s’approcher », fit-il remarquer, donnant encore une fois en modèle le Samaritain, qui prend soin de l’homme blessé, pratiquant une spiritualité des yeux ouverts bien plus féconde et cohérente que la mystique des yeux fermés dont se réclament certains paragons de vertu.

L’amitié sociale… dans la gratuité

Le successeur de Pierre a poursuivi en nous donnant « un devoir à faire à la maison ». « Regardez un jour le visage des personnes quand vous allez dans la rue : elles sont préoccupées, chacune est refermée sur soi, il manque le sourire, il manque la tendresse, en d’autres termes, l’amitié sociale, il nous manque cette amitié sociale. Là où il n’y a pas d’amitié sociale, il y a la haine, la guerre », notait-il, en nous invitant à continuer dans le sens de la gratuité du sourire qui peut changer une vie. « L’amitié sociale se fait dans la gratuité, et cette sagesse de la gratuité s’apprend, elle s’apprend : avec le jeu, avec le sport, avec l’art, avec la joie d’être ensemble, avec l’approche… C’est un mot, gratuité, qu’il ne faut pas oublier dans ce monde, où il semble que si l’on ne paie pas, on ne peut pas vivre… Gratuité : telle est la parole-clé. Gratuité qui fait que je donne ma vie comme elle est, pour aller avec les autres et faire que ce désert devienne forêt . Gratuité, cela est une belle chose ! ».
Il a ajouté aussi le mot « pardon », pardonner, « parce que, avec le pardon, la rancune et le ressentiment s’éloignent. Et construire toujours, ne pas détruire, construire… ».
De nombreux amis musulmans étaient avec nous pour cette « Mariapolis » dans le parc de la villa Borghese, dont plusieurs imams – nos frères juifs étant retenus pour fêter Pessah – et l’évêque de Rome a pris le temps de saluer chacun, ayant souligné que « nous avons tous quelque chose en commun, nous sommes tous humains, et dans cette humanité, nous nous approchons pour travailler ensemble, pour se respecter ; ainsi, nous verrons ce miracle: le miracle d’un désert qui devient une forêt ».

L’Esprit Saint n’est pas la propriété de la hiérarchie ecclésiale

Tandis qu’il partait nous nous redisions que tout acte d’amour gratuit, si petit soit-il, fait surgir la présence divine au milieu de nous, et que nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie parce que nous aimons nos frères (1 Jean, 3-14).
Cette grâce renouvelée de vouloir aimer comme Dieu aime, nous, laïcs chrétiens, la puisons à la source de notre baptême pour mettre le Concile Vatican II en actes.
François nous soutient dans cette voie, comme il l’a dernièrement affirmé dans une lettre au cardinal Marc Ouellet, président de la Commission pontificale pour l’Amérique latine et… préfet de la Congrégation pour les évêques. S’appuyant sur son expérience pastorale en Argentine, mais s’exprimant à partir de celle-ci de manière universelle, le pape Bergoglio a dénoncé le cléricalisme qui oublie que « la sacramentalité de l’Eglise appartient à tout le peuple de Dieu et pas à quelques élus », « le cléricalisme qui éteint le feu prophétique duquel toute l’Eglise est appelée à rendre témoignage ».
L’Esprit Saint n’est pas la propriété de la hiérarchie ecclésiale, a précisé le Saint-Père dans sa lettre au cardinal Ouellet, où il insiste pour que les pasteurs servent les baptisés laïcs, qui sont les protagonistes de l’Eglise et du monde, et non se servent d’eux.
Un des dossiers ouverts par le Conseil des neuf cardinaux, le C9, en charge de réformer la curie romaine était récemment la nomination des nouveaux évêques, sans doute dans le but de mettre en avant des personnalités capables de travailler avec des laïcs en responsabilité qui ne soient pas des mercenaires mais des apôtres, pour que l’Eglise, comme peuple en marche, soit toujours davantage en mesure de faire resplendir l’empathie chrétienne qui ravive l’espérance et la certitude de la victoire de l’amour sur la haine.

1 Comment

  1. Magdeleine dit :

    …Et ce désert social nous y vivons, ça ne dépend que de nous d’y mettre du lien, comme récemment à la gare où j’attendais. Sur le banc 2 places étaient occupées par 2 jeunes avec casquettes et portables, je me suis approchée en souriant leur disant « alors je vais occuper la 3° place ?  »
    et je me suis assise à côté d’eux tandis qu’ils me répondaient `oui Madame bien sûr!`. Du coup nous n’étions plus des inconnus étiquetables,mais bien des personnes en relation , tout était changé dans la gare…..

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