Un chemin de confiance

D’un 11 février à l’autre : l’appel de la source
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François vu par un grand évêque de France
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Ces derniers jours ont été intenses à Rome. Avant de « couvrir » le consistoire des cardinaux j’ai accueilli et accompagné le maire de Lourdes, qui a invité le pape dans la cité mariale en lui remettant une lettre audacieuse et pleine d’humanité, cosignée par l’ordinaire du lieu sur papier municipal. Après les deux inondations de la Grotte, en octobre 2012 et en juin 2013, durant « l’Année de la foi », le Saint-Père puis ses proches collaborateurs – ne confondant avec aucune autre cette ville où l’Immaculée Conception a révélé son nom – ont écouté attentivement l’élu, ambassadeur de la ville de sainte Bernadette. Personne n’oublie d’ailleurs au Vatican que la réforme en cours est née en la fête de Notre-Dame de Lourdes, le 11 février 2013, avec la renonciation de Benoît XVI qui n’a pas choisi cette date « pénitentielle » par hasard. Le maire de Lourdes le rencontrait le 13 février suivant, lui donnant de l’eau de la source de Massabielle pour soutenir sa prière aux intentions de la purification d’une Eglise embourbée dans le carriérisme clérical. Quelques jours plus tard, le 28 février, Benoît XVI – qui venait de vivre avec le Vatileaks un véritable « calvaire médiatique » – quittait officiellement ses fonctions, s’envolant en hélicoptère vers Castel Gandolfo pour attendre le choix de son successeur à qui il promettait par avance son respect et son obéissance inconditionnels. Des voix menteuses ont cherché depuis à l’opposer au nouveau pape, tout récemment encore, et pour les faire taire Benoît XVI est réapparu publiquement le 22 février, samedi dernier, dans la basilique Saint-Pierre, manifestant sa profonde unité avec François. Il a même enlevé sa calotte blanche pour saluer humblement le pape réformateur dont il a permis l’élection par sa courageuse renonciation.La célébration rassemblait, autour des deux papes, les cardinaux du monde entier, avec ceux nouvellement nommés, représentants pour la plupart les pays du sud. François qui réunissait en consistoire ce « sénat de l’Eglise » pour la première fois depuis son élection a fustigé « rivalités, jalousies, factions et esprit de cour »… Bien informé des résistances suscitées par sa réforme de la curie romaine et des finances de l’Eglise, comme par sa pastorale de la miséricorde, il a rappelé que Jésus n’enseigne pas une philosophie ou une idéologie, mais nous offre une communion d’amour en lui, qui s’exprime d’abord dans l’attention bienveillante aux personnes. Le lendemain, dimanche, lors de la messe, il a encore dénoncé « intrigues, bavardages, favoritismes et préférences »… « Etre saint n’est pas un luxe, c’est nécessaire pour le salut du monde », notait-il aussi, demandant aux cardinaux de vivre les Béatitudes, rien de moins. « Jésus n’est pas venu pour nous enseigner des bonnes manières, des manières de salon ! », a-t-il souligné avec force, désignant l’unique chemin pour sortir des sables mouvants du péché : la miséricorde.
Souvenons-nous à ce sujet des paroles de François à son premier Angélus, le 17 mars 2013, où il citait un livre essentiel du cardinal Kasper :` Ces jours-ci, j’ai pu lire un livre d’un cardinal – le cardinal Kasper, un théologien très bien, un bon théologien – sur la miséricorde. Ce livre m’a fait tant de bien, mais ne croyez pas que je fais de la publicité pour les livres de mes cardinaux ! Ce n’est pas cela ! Il m’a fait tant de bien, tant de bien … Le cardinal Kasper disait que faire l’expérience de la miséricorde change tout. C’est la plus belle parole que nous puissions entendre: elle change le monde. Un peu de miséricorde rend le monde moins froid et plus juste. Il nous faut bien comprendre cette miséricorde de Dieu, ce Père miséricordieux qui a tant de patience … Rappelons-nous du prophète Isaïe, qui affirmait que même si nos péchés étaient rouges comme l’écarlate, l’amour de Dieu les rendrait blancs comme la neige. C’est beau, la miséricorde!`. Et le nouveau pape nous disait ensuite qu’à peine nommé évêque, en 1992, la Vierge de Fatima était arrivée à Buenos Aires et qu’à cette occasion une grande messe pour les malades avait été célébrée, au cours de laquelle une femme âgée lui fit mieux comprendre que `si le Seigneur ne pardonnait pas tout, le monde n’existerait pas`…

La réforme devient effective

Ce profond attachement à la miséricorde, le pape a tenu a le réaffirmer justement par la voix du cardinal Walter Kasper, pendant les jours précédant ces grandes célébrations romaines, tandis qu’avaient lieu des échanges ouverts entre cardinaux au sujet des familles d’aujourd’hui, souvent blessées, dans la perspective du synode spécial qui se saisira de la question en octobre prochain. Même si déjà un des trois cardinaux désignés pour la vice-présidence du synode s’est permis au retour de critiquer avec cynisme les perspectives ouvertes par le cardinal Kasper, l’assemblée sera probablement le levier qui permettra à l’Eglise de retrouver une plus grande cohérence évangélique, par l’écoute et l’accueil des fidèles ayant fait l’expérience de l’échec matrimonial et qui continuent à mettre leur confiance en Dieu, désireux de vivre une nouvelle union, dans la lumière de la foi. `Quand un amour finit les personnes ne doivent pas être condamnées, mais accompagnées`, remarquait encore François à la messe du 28 février.
Bien entendu certains groupes d’intérêt sont à la manoeuvre, n’appréciant pas ce discours éloigné de leur idéologie moralisatrice et des hypocrisies qui vont avec. Pour se protéger et empêcher `le grand tournant` ils cherchent à déstabiliser François, par exemple en favorisant des `audiences` qui pourraient lui faire du tort – telle que celle dont s’est récemment prévalu l’ex trader Jérôme Kerviel, dont le procès est en cours – ou encore en attaquant ses plus proches, son responsable de la sécurité notamment, comme le fait un livre de commande que le père Lombardi a longuement critiqué dans un entretien exceptionnel accordé à radio Vatican (http://www.radiovaticana.va). Ceux qui s’agitent ainsi, ont peur, mais qu’ils le veuillent ou non, à une quinzaine de jours de l’anniversaire de l’élection de François, la réforme est devenue effective.
Le pape tranche, il vient en particulier de créer un secrétariat pour l’économie, sorte de ministère des Finances, confié à la direction de son ami le cardinal australien Georges Pell, qui lui rendra compte directement. La fin des combines a sonné, y compris dans les nominations épiscopales, dont quelques-unes – bien repérées – se sont révélées tragiques à la fin du pontificat de Benoît XVI, inspirées par des `croisés` peu soucieux de l’œcuménisme et du dialogue interreligieux… `L’Eglise n’a pas besoin de défenseurs de ses propres causes ou de croisés pour ses propres batailles, mais de semeurs humbles et confiants de la vérité… d’hommes patients qui savent que l’ivraie ne pourra jamais remplir tout le champ`, déclarait le pape ce jeudi à la Congrégation pour les évêques, insistant sur l’urgence de nommer de véritables « témoins du Ressuscité » à la tête des diocèses. « Le peuple de Dieu a besoin et attend un pasteur, quelqu’un au grand cœur », « qui ne projette pas ses lacunes sur les autres au point de devenir un facteur de déstabilisation ». Là aussi François reprend la main et veille de près, refusant les nominations de managers autoritaires ayant une psychologie de « princes ambitieux », incapables de vraies relations, obnubilés par la comptabilité et leur confort. Il veut des hommes de Dieu authentiques, prêts à donner leur vie. Le pape cite en référence biblique le prophète Samuel à la recherche du successeur de Saül : `Sachant que le jeune David avait amené les moutons paître, il donna l’ordre d’aller le chercher. Nous aussi devons aller sur le terrain à la recherche des jeunes David. Je suis sûr que ces hommes existent parce que le Seigneur n’abandonne pas son Eglise. Peut-être nous n’allons pas assez dans les champs pour les chercher. Peut-être avons nous besoin de l’avertissement de Samuel : Nous ne nous mettrons pas à la table avant qu’il ne soit arrivé! Je voudrais que la Congrégation pour les évêques vive cette sainte inquiétude`.

1 Comment

  1. Alina Reyes dit :

    Bonjour François, je te propose cette réflexion sur le réaménagement de Lourdes, je sais que cela t’importe. Amitiés, Alina.
    http://journal.alinareyes.net/2014/03/08/retour-sur-laffaire-de-lourdes/

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