L’Etat de Palestine est reconnu par le Saint-Siège

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Jeudi 25 juin le ministre palestinien des Affaires étrangères, Ryad al-Maliki, a déposé à la Cour pénale internationale (CPI) un premier dossier destiné à convaincre la justice de La Haye d’ouvrir une enquête sur d’éventuels crimes de guerre israéliens. Alors que les Palestiniens sont désormais membres de la CPI depuis le 1er avril, Israël qui n’en fait pas partie (1) dénonce une provocation. Dans ce contexte l’accord global entre le Saint-Siège et la Palestine a été signé vendredi 26 juin, au Vatican, tandis que le même jour une vague d’attentats coordonnés en France, en Tunisie au Koweït et en Somalie, détournait malencontreusement l’attention de l’opinion publique de cet évènement historique. Il y a moins de six mois, exactement la veille de l’attentat contre Charlie Hebdo, le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, avait accepté la demande des Palestiniens d’adhérer à la Cour pénale internationale (CPI) en dépit du refus des Américains… Devant ces étranges coïncidences de dates une question au moins peut se poser à la conscience de chacun : qu’est-ce que des militants islamistes ont donc à gagner en commettant des attentats contreproductifs à répercussion planétaire, soi-disant « pour venger les enfants de Palestine », et à qui profitent ces crimes ? Un an après le voyage de François en Terre Sainte, l’annonce de la reconnaissance de l’Etat de Palestine par le Saint-Siège a été faite le 13 mai dernier, prélude à la signature d’un « accord global » dont la date n’était pas encore connue. Samedi 16 mai le président palestinien Mahmoud Abbas rencontrait le Pape, avant de participer, le lendemain, à la célébration de canonisation de deux religieuses originaires de Palestine, Mariam Bawardi et Marie-Alphonsine Ghattas. Des drapeaux palestiniens étaient alors joyeusement agités, sur la place Saint-Pierre, par les membres d’une délégation formée d’environ 3000 chrétiens arabes venus de Terre Sainte, guidés par le Patriarche latin de Jérusalem, Mgr Fouad Twal.
Donnant notamment sainte Mariam Bawardi comme exemple pour devenir « instrument de rencontre et de communion avec le monde musulman », François répondait ainsi une nouvelle fois à la théorie du « choc des civilisations », déjouant les manipulations qui tendent à opposer chrétiens et musulmans dans l’intérêt stratégique d’un camp. Malgré le poids des lobbies et la propagande médiatique en vogue, le Pape refuse en effet courageusement de se laisser enfermer dans une logique d’exclusion et de guerre. Il évite le piège tendu à grande échelle par ceux qui cherchent à entraîner les catholiques dans un combat islamophobe qui n’est pas le leur, et allant au-delà des forces contraires il a donc souhaité reconnaître clairement « l’Etat de Palestine ».

Two-State Solution

Discuté depuis un quinzaine d’années, l’accord global bilatéral est officiellement signé depuis ce vendredi 26 juin. Il concerne l’activité de l’Eglise catholique et sa reconnaissance juridique dans les territoires palestiniens, et réaffirme le souhait d’une résolution du conflit entre Israéliens et Palestiniens dans le cadre de la solution à deux Etats prévue depuis 1947 par l’ONU (« Two-State Solution »). Mgr Paul Richard Gallagher, Secrétaire pour les relations avec les Etats, du Saint-Siège, et Riad Al-Maliki, ministre des affaires étrangères de l’Etat de Palestine, ont paraphé ce document historique constitué de 32 articles répartis en huit chapitres.
« Dans les intentions du Saint-Siège, cet accord qui protège la liberté religieuse et de conscience peut servir de modèle pour d’autres pays à majorité musulmane, et contribuer de manière positive au défi du dialogue avec l’islam dans le contexte de la vie publique, sociale et politique », remarque en substance Mgr Giuseppe Lazzarotto, Délégué apostolique à Jérusalem et en Palestine.
Cet accord fait du Vatican le 136e pays à avoir reconnu l’Etat de Palestine, confirmant le soutien international qui s’était manifesté avec la résolution de l’Assemblée générale de l’ONU du 29 novembre 2012, faisant de la Palestine un Etat observateur non membre.
Le Saint-Siège, qui a des relations diplomatiques avec Israël depuis 1994, négocie depuis 1999 un accord sur les droits juridiques et patrimoniaux des congrégations catholiques dans ce pays, cependant chaque rencontre semestrielle se solde par un échec.
Même s’il est encore long, le chemin du dialogue et de la paix continue.

(1) : Israël a signé le traité de la CPI en décembre 2000, mais ne l’a pas ratifié. Le gouvernement israélien a indiqué que considérer les transferts de population comme un crime ne pouvait être accepté par Israël. Suite à la pleine adhésion de la Palestine à la CPI en avril 2015 et à l’ouverture d’un examen préliminaire sur d’éventuels crimes de guerre dans les territoires palestiniens (bombardements de civils), Israël, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, ferait pression auprès d’États membres de la Cour pénale internationale pour qu’ils cessent de financer le tribunal de La Haye, ce que la plupart des États démocratiques refusent, notamment européens.

1 Comment

  1. David dit :

    Face à cette nouvelle importante, historique, une question m’occupe : pourquoi, aucune chaîne de television semble n’avoir fait sinon la « une », du moins la place correspondant à l’envergure de l’évènement ?????
    David

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