« Les personnes pauvres et faibles sont la chair du Christ »

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« Je serai de tout cœur en communion avec les pèlerins qui, samedi, fêterons Notre-Dame de Lourdes, en particulier les malades. Que la Vierge Immaculée leur donne le courage de l’espérance et les garde dans la paix. Que Dieu vous bénisse », a dit le Pape François lors de l’audience générale du 8 février. Pour présider l’anniversaire de la première apparition de Marie à Bernadette, ce 11 février, et présider la XXVème Journée mondiale du malade, il délègue son premier collaborateur, le cardinal Pietro Parolin, Secrétaire d’Etat du Saint-Siège, qui arrive ce vendredi à Lourdes. Nommé « légat » par le Pape François, il le représentera personnellement à cette occasion. Depuis le cardinal Eugenio Pacelli, futur Pie XII, venu à Lourdes pour clôturer l’année de la Rédemption, en 1935, c’est la première qu’un Secrétaire d’Etat du Saint-Siège est ainsi dépêché de manière solennelle dans la cité mariale pyrénéenne. Avant de publier sur ce blog l’entretien que le cardinal Parolin m’a accordé à Rome, je voudrais prier ici avec vous, chers lecteurs, en puisant aux paroles et aux gestes du Saint-Père, qui depuis son éléction a manifesté une grande attention envers toute personne qui souffre. Préparons ainsi nos coeurs à la grande fête qui approche. 

 

Durant chacun de ses voyages internationaux, les hôpitaux sont devenus une étape impérative pour le pape Bergoglio, désireux d’aller rencontrer les malades, bousculant constamment le protocole habituel. Dans un centre d’assistance tenu par des frères camilliens, en Géorgie, à l’automne 2016, il déclara que « les personnes pauvres et faibles sont la chair du Christ qui interpelle les chrétiens de chaque confession, les poussant à agir sans intérêts personnels, mais uniquement en suivant l’élan de l’Esprit Saint ». « Dieu ne vous abandonne jamais – a-t-il assuré aux malades – il vous est toujours proche, prêt à vous écouter, à vous donner de la force dans les moments de difficultés. Vous êtes les préférés de Jésus, qui a voulu s’identifier aux personnes souffrantes, en souffrant Lui-même dans sa passion ».

Poursuivant notre chemin quotidien aux côtés de Jésus dont la Passion continue dans le monde, mettant nos pas dans les siens, nous entendons brutalement les coups de marteau retentir, tandis que les clous s’enfoncent dans les mains et les pieds du Fils de Dieu, sauvagement crucifié sous nos yeux. « Devant Jésus qui souffre, suis-je comme Judas ou comme Marie, où est mon cœur ? », demandait François au soir d’un Vendredi saint, à la fin du Chemin de croix au Colisée. Posons-nous la question, et pensons à tous les visages de nos frères et sœurs cloués sur un lit de douleur, dans les hôpitaux, dans les maisons de retraite…

François oriente en permanence notre attention vers ces personnes trop souvent oubliées. Dès la messe d’inauguration de son pontificat, le 19 mars 2013, en la fête de saint Joseph, apercevant dans la foule un homme gravement handicapé, alité, il fit stopper la papamobile pour s’approcher et lui caresser le visage avec tendresse, avant de l’embrasser. Interviewé, Cesare Cicconi considéra qu’à travers lui le Pape voulait serrer dans ses bras tous ceux qui souffrent…  Alors que nous allions vers Pâques, ce geste nous appelait à reconnaître et à aimer le Christ présent en toute personne vulnérable, blessée par la vie, et en nous-mêmes aussi.

Depuis lors chaque mercredi, à l’audience générale sur la place Saint-Pierre, François consacre de longs moments avec les malades et les handicapés. « La vie humaine, la personne, ne sont plus considérées comme une valeur primaire à respecter et à garder, en particulier si elle est pauvre ou handicapée, si elle ne sert pas encore – comme l’enfant à naître – ou si elle ne sert plus – comme la personne âgée… », s’insurgeait-il dès ses premières audiences publiques.

« Il est de notre devoir de développer des anticorps contre cette manière de considérer les personnes âgées ou les personnes porteuses de handicap, comme s’il existait des vies qui n’étaient plus dignes d’être vécues… » expliqua-t-il en juin 2015 à Turin, dans la Petite Maison de la Divine Providence, fondée par le saint Vincent de Paul italien, Joseph Cottolengo, nous mettant  en garde contre la « culture du déchet », ou du rebut, « péché social grave », qui est le contraire de la culture de l’accueil et du don. « Chers frères malades, vous êtes les membres précieux de l’Église, vous êtes la chair du Christ crucifié que nous avons l’honneur de toucher et de servir avec amour », confia-t-il encore, s’adressant aux personnes souffrantes.

Ô Seigneur, au lieu de te reprocher le mal qui nous scandalise, obtiens-nous la grâce de reconnaître ta présence dans les personnes malades, handicapées ou âgées, toi qui es « le médecin qui guérit avec le médicament de l’amour », selon l’expression de François. Tu prends sur toi notre souffrance et la rachète. Tu comprends nos infirmités, que tu as toi-même éprouvées personnellement. Par tes blessures, nous sommes guéris » (Isaïe 53, 5). Fais grandir en nous la conviction que dans la faiblesse nous pouvons devenir forts de ton amour, et compléter ce qui manque à tes souffrances, en faveur de l’Église, ton corps (Colossiens 1, 24), ce corps dont les plaies sont déjà transfigurées pour toujours dans la lumière de ta résurrection.

« Que pourrions-nous reprocher à Dieu pour nos infirmités et nos souffrances qui ne soit déjà imprimé sur le visage de son Fils crucifié ? À sa souffrance physique, s’ajoutent la dérision, la marginalisation et la commisération, tandis qu’il répond par la miséricorde qui accueille tous et pardonne à tous », souligne le Pape dans son message pour la XXVème Journée mondiale du malade, le 11 février 2017. Il ajoute que « la solidarité du Christ, Fils de Dieu né de Marie, est l’expression de la toute-puissance miséricordieuse de Dieu qui se manifeste dans notre vie – surtout quand elle est fragile, blessée, humiliée, marginalisée, souffrante – infusant en elle la force de l’espérance qui nous fait nous relever et nous soutient ».

Cette toute-puissance miséricordieuse de Dieu, comment puis-je chaque jour l’accueillir, sans me laisser submerger par la tristesse devant le mal, qu’il s’agisse de la douleur des innocents ou de celle que me cause le fiel amer du péché ? Un jour de l’été 2016, à ce sujet, le Pape a évoqué sa brève prière prononcée avant d’aller au lit. Peut-être pourrais-je la faire mienne ? « Seigneur, si tu veux, tu peux me purifier », dit-il, s’inspirant des mots du lépreux adressés au Christ dans l’Evangile (Luc 5, 12), avant de réciter cinq Notre Père, « un pour chaque plaie de Jésus, parce que Jésus nous a purifiés avec ses plaies ». C’est un moyen simple de de rencontre avec le Dieu Patient qui prend sur lui nos infirmités, par amour. Aurais-je l’humilité de prier ainsi pour que la nuit du non-sens s’ouvre à la lumière pascale du Christ crucifié et ressuscité ?

« Dieu nous surprend ; il est vraiment dans la pauvreté, dans la faiblesse, dans l’humilité qui se manifeste et nous donne son amour qui nous sauve, nous guérit et nous donne force. Il demande seulement que nous suivions sa parole et que nous ayons confiance en Lui », commentait François à propos de Naaman, chef de l’armée du roi d’Aram, ce personnage biblique qui voulait guérir de la lèpre. Le prophète Élisée lui avait indiqué d’avoir seulement confiance en Dieu et de se plonger dans l’eau du Jourdain. « Quel Dieu peut être celui qui demande quelque chose d’aussi simple ? », s’interrogeait en substance le malade, perplexe, qui voulut faire marche arrière, mais qui ensuite se plongea dans ce petit fleuve où il guérit immédiatement (2 Rois  5, 1-14).

Le Pape, comme un prophète pour notre temps, nous propose lui aussi « des gestes simples ».  « Que d’amour peut jaillir d’un cœur même seulement pour un sourire ! », s’est-il exclamé lors du Jubilé des malades, pendant l’Année de la Miséricorde. « Ne laissons pas seules les personnes malades! », insistait-il lors d’une audience générale, parlant de l’œuvre de miséricorde qui consiste à visiter les malades. « Un sourire, une caresse, une poignée de main », peuvent être « tellement importants pour ceux qui se sentent abandonnés ». Grâce à l’attitude et à l’enseignement du Saint-Père, témoin de l’Evangile vécu, une sorte de « thérapie pontificale », se déroule à l’échelle planétaire, comme une « Bergogliothérapie » où l’on comprend que le péché est de ne pas aimer.

Seigneur, tu demeures dans le cœur de qui aime, tu habites où l’on aime, fais que nous sachions prendre soin avec courage et compassion des plus faibles et des pauvres. Et quand la dure épreuve de la maladie se présentera, sans permission, de façon inattendue, donne-nous la force de transformer en offrande rédemptrice ce qui humainement semble une condamnation, à l’exemple des saints, pour le bien de nos communautés et de nos familles. Que dans cette voie, la Vierge Marie, ta mère, icône de l’amour gratuit, nous guide et nous protège.

 

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