La crèche, pour résister au virus du consumérisme qui anesthésie le cœur

« Là où a surabondé la destruction que puisse aujourd’hui surabonder l’espérance »
24 novembre 2019

Dans l’avion qui le ramenait d’Asie, après son 32ème voyage apostolique, en Thaïlande et au Japon, s’adressant aux journalistes qui l’accompagnaient, le Pape a cité un dicton éclairant : « La lumière vient de l’Orient, le luxe, la consommation, viennent de l’Occident » (Lux ex Oriente, ex Occidente luxus). Il précisa ensuite qu’à son avis « l’Orient est capable de regarder les choses avec des yeux qui voient au-delà », « au-delà de la limite de l’immanence », et que nous, Occidentaux, gagnerions beaucoup à « donner du temps à la sagesse ».

Cette sagesse de l’Orient, le Saint-Père vient de la mettre en valeur dans sa nouvelle lettre apostolique, intitulée Le merveilleux signe de la crèche, où il montre en particulier comment les Rois Mages « nous enseignent qu’on peut partir de très loin pour rejoindre le Christ ». « Une grande joie les envahit devant l’Enfant Roi… Devant lui, ils comprennent que, tout comme Dieu règle avec une souveraine sagesse le mouvement des astres, ainsi guide-t-il le cours de l’histoire, abaissant les puissants et élevant les humbles », fait remarquer François, nous encourageant tous à la résistance spirituelle face à l’idéologie matérialiste.

Avant de signer cette lettre apostolique, le premier dimanche de l’Avent 2019, il a dénoncé vivement « le virus du consumérisme » qui « attaque la foi à la racine » et « anesthésie le cœur ». Parlant à la communauté catholique congolaise de Rome, à l’occasion du 25e anniversaire de la naissance de son aumônerie, il rappela que « dans l’Évangile, quand Jésus signale les dangers pour la foi, il ne se soucie pas des ennemis puissants, des hostilités et des persécutions (…) Le vrai danger, c’est plutôt ce qui anesthésie le cœur : c’est de dépendre de la consommation, c’est de laisser les besoins appesantir et dissiper le cœur (Lc 21, 34) ».

Ce grand message de liberté intérieure par rapport aux biens matériels, le Pape a voulu le faire retentir encore davantage dans l’après-midi de ce même dimanche, depuis Greccio, là où saint François d’Assise fit représenter le mystère de Noël en 1223, sans doute inspiré par les fragments de la mangeoire où l’Enfant Jésus fut déposé, reliques qu’il venait de contempler à Rome, dans la basilique Sainte-Marie-Majeure, et par le paysage de la vallée de Rieti qui lui rappelait d’une manière particulière celui de Bethléem. Ainsi, après son voyage en Terre Sainte, le saint d’Assise réalisa par la simplicité de ce signe « une grande œuvre d’évangélisation », selon l’expression du Saint-Père. « Quelle surprise de voir Dieu adopter nos propres comportements : il dort, il tète le lait de sa mère, il pleure et joue comme tous les enfants ! Comme toujours, Dieu déconcerte, il est imprévisible et continuellement hors de nos plans », souligne dans sa lettre le successeur de Pierre.

« En naissant dans la crèche, Dieu lui-même commence la seule révolution qui donne espoir et dignité aux non désirés, aux marginalisés : la révolution de l’amour, la révolution de la tendresse », considère-t-il aussi dans ce texte émouvant, première lettre apostolique sur le sujet jamais écrite par un pape. « Ainsi la crèche, tout en nous montrant comment Dieu est entré dans le monde, nous pousse à réfléchir sur notre vie insérée dans celle de Dieu ; elle nous invite à devenir ses disciples si nous voulons atteindre le sens ultime de la vie », écrit-il, comparant la crèche à un « Evangile vivant », désireux de soutenir la belle tradition de nos familles tout comme la coutume d’installer la crèche sur les lieux de travail, dans les écoles, les hôpitaux, les prisons, sur les places publiques…

La crèche, insiste-t-il encore, manifeste la tendresse de Dieu : « En Jésus, le Père nous a donné un frère qui vient nous chercher quand nous sommes désorientés et que nous perdons notre direction; un ami fidèle qui est toujours près de nous ».  

Il s’agit donc maintenant pour nous de regarder la scène de la crèche, et de « réfléchir sur la responsabilité de tout chrétien à être évangélisateur », comme François nous le propose. « Chacun de nous devient porteur de la Bonne Nouvelle pour ceux qu’il rencontre, témoignant, par des actions concrètes de miséricorde, de la joie d’avoir rencontré Jésus et son amour ».

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