Au cœur de l’Eglise les fils d’Abraham invoquent la paix sur Jérusalem

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Ce dimanche de Pentecôte, lors de la récitation du Regina Cœli le pape François a parlé d’un langage nouveau, « le langage de l’amour », pour caractériser l’annonce faite par les disciples du Christ après qu’ils aient reçu l’Esprit Saint. Celle « liberté de l’Esprit Saint » faite de courage et de franchise, entraîne l’Eglise à être « capable de surprendre », a-t-il ajouté. « Attention, si l’Eglise est vivante, elle doit toujours surprendre… Une Eglise qui n’a pas la capacité de surprendre est une Eglise malade, mourante, et il faut vite l’emmener dans un service de réanimation », notait François, qui ce soir surprend le monde entier en priant avec des juifs et des musulmans, chez lui, dans les jardins du Vatican.
Des sites soi-disant catholiques se répandent en injures, scandalisés qu’une prière musulmane s’élève depuis le cœur de l’Eglise, et commencent déjà à évoquer la succession de ce pape, alors que leurs adeptes ne forment qu’une petite secte arriérée et anti évangélique. Déjà le 27 octobre 1986 les mêmes n’avaient pas compris la rencontre de prière pour la paix organisée à Assise, avec les responsables des religions. J’y vivais alors mon premier reportage, conscient que nous entriions dans une ère nouvelle d’amour réciproque, préparatoire à l’avènement d’un monde uni.
Quand à Bethléem, place de la Mangeoire, le 25 mai dernier, j’ai entendu François inviter les présidents israélien et palestinien dans sa maison, au Vatican, pour prier ensemble, il m’est clairement apparu que « l’ère d’Assise » continuait à porter ses promesses eschatologiques, heureux d’être pris dans le dynamisme de cette espérance en dépit du pessimisme ambiant.C’est donc dans sa maison, à Sainte-Marthe, que le successeur de l’apôtre Pierre a accueilli les présidents des deux peuples qui s’affrontent depuis près de 70 ans sur la terre des prophètes. Cette terre « promise » est devenue d’une façon absurde la terre possédée, mais le président israélien Peres, dont le mandat prend fin dans quelques jours, ne se résout heureusement pas à cette logique de séparation.
Le pape l’a reçu en premier chez lui dimanche soir, s’asseyant à ses côtés sous l’icône de la Vierge Marie qui défait les nœuds…, pour un échange de quelques minutes, en présence du Frère Pierbattista Pizzaballa, Custode de Terre Sainte. Pendant ce temps se préparait paisiblement l’invocation pour la paix dans les jardins du Vatican, et les trois délégations, juive, chrétienne, et musulmane, s’apprêtaient à prendre place avec la certitude commune que la prière fait des miracles.
On imaginait facilement en même temps la colère haineuse du diable et de ses suppôts au cœur de pierre qui ne renoncent pas à leurs plans de division.
Le président palestinien Mahmoud Abbas était ensuite à son tour chaleureusement embrassé par le pape, à la porte de sa maison, où il lui a présenté son nouveau secrétaire particulier, Yoannis Lahzi Gaid, un prêtre arabe, de rite oriental. Ils se sont rendus dans le salon de Marie qui défait les nœuds, pour un échange privé, comme cela venait de se passer avec Shimon Peres. Le matin, sur la place Saint-Pierre, les pèlerins avaient agité de nombreux drapeaux palestiniens, manifestant la grande attente des chrétiens de langue arabe qui souffrent profondément, pris en étau entre les extrémistes des deux camps.
Après s’être salués sans formalisme, les deux présidents, avec le pape, le patriarche orthodoxe Bartholomée de Constantinople, et le Custode de Terre Sainte, sont montés tous les cinq dans un minibus pour se rendre jusqu’au lieu de prière. L’Eglise apparaissait alors pleinement dans son rôle de mère, cherchant à rassembler les enfants d’un Dieu qui est le père de tous.
Les sourires échangés dans le minibus disaient à eux seuls à quel point le pèlerinage de François en Terre Sainte, il y a quinze jours, a contribué à tisser des liens d’amitié porteurs de fraternité universelle.
Quand les trois principaux protagonistes de la soirée se sont assis, recueillis, pour le début de ce temps de prière unique, nous avions en les regardant des larmes de joie dans les yeux, sachant la dimension historique de l’instant qui, vu du Ciel, devait sans aucun doute retentir profondément dans cœur de Dieu.

Là où sont les ténèbres, que je mette la lumière!

Ce fut aux juifs de commencer la méditation avec notamment des lectures de louange au Créateur, accompagnées d’un air de violon. Les visages des présidents israélien et palestinien reflétaient l’intensité de l’émotion intérieure ressentie par tous les participants. La douceur du soleil couchant enveloppait les jardins d’un manteau de paix, tandis que s’élevait une invocation chantée, adressée au Dieu de miséricorde, appelé aussi « Notre Père » dans la tradition religieuse hébraïque.
Vint en deuxième temps la prière chrétienne, lue par le patriarche orthodoxe, puis par le patriarche latin de Jérusalem, Mgr Fouad Twal, sur un fond musical de harpe. Le président du conseil pontifical pour la paix, un cardinal originaire d’Afrique noire, poursuivit en implorant le pardon de Dieu pour toutes les guerres fratricides fomentées en Terre Sainte depuis des siècles pour de fausses raisons religieuses.
La prière de saint François d’Assise, en arabe, paraissait être l’âme de cette soirée, avec ces mots rejoignant intimement toute expérience spirituelle : « Là où est la discorde, que je mette l’union, là où sont les ténèbres que je mette la lumière »… Même si la réalité du conflit actuel ne se solutionnera pas d’un coup de baguette magique, l’initiative de cette prière pour la paix retransmise par les médias dans le monde entier contribuera à désarmer les consciences et aura valeur d’exemple dans toutes les communautés abrahamiques.
Lors de la troisième étape, toujours en musique, les musulmans ont remercié le « Seigneur des mondes », faisant retentir des versets du Coran dans le saint des saints de l’Eglise catholique, en attendant qu’un jour la Mecque puisse également être capable d’une telle réciprocité… Il a fallu des siècles à l’Eglise pour entrer dans la logique « trinitaire » actuelle d’écoute et de dialogue, ne doit-on pas faire preuve d’encore un peu de patience par rapport à nos frères musulmans dont la religion est historiquement bien plus récente ? L’invitation de François à prier ensemble ce 8 juin à Rome ne sera-t-elle pas aussi l’occasion pour eux d’avancer avec nous sur ce chemin de respect mutuel?
Le rêve de François d’Assise s’accomplit sous nos yeux aujourd’hui, lui qui était allé aux devants du sultan d’Egypte en pleine période des croisades, lui dont les fils ont maintenu la présence chrétienne au Saint-Sépulcre et dans les Lieux saints durant près de huit siècles.
Fidèle à l’esprit de celui dont il a souhaité porter le nom, le pape a pris la parole à la fin de la cérémonie, souhaitant que les enfants d’Abraham abattent les murs de l’inimitié, en s’orientant vers l’aube de la paix avec courage et persévérance. « Nos forces ne suffisent pas », a-t-il constaté, « nous avons besoin de l’aide de Dieu », en particulier pour « désarmer les langues ».
Le pape s’est adressé pour conclure au Dieu d’Abraham, par l’intercession de la Vierge Marie, fille de la Terre Sainte, lui demandant de soutenir les artisans de paix en faisant en sorte qu’ils soient inspirés par un seul mot : « frère », et que pour cela ils se reconnaissent mutuellement comme les enfants d’un même Père.
Le président Peres s’exprima aussi, puis le président Abbas, affirmant leur volonté de faire de Jérusalem une ville où la paix et la réconciliation règnent entre les fidèles des trois religions du livre, juifs, chrétiens et musulmans, afin que les pèlerins du monde entier puissent y affluer et honorer Dieu librement.
Les chefs des Eglises d’Orient et d’Occident, François et Bartholomée, et les deux présidents, Shimon et Mahmoud, une pelle à la main chacun, ont enfin symboliquement planté un olivier, entourés des membres de leurs délégations qui se mêlaient amicalement, dessinant en ce jour de Pentecôte une image véritablement prophétique de l’humanité nouvelle.

1 Comment

  1. Sarah dit :

    Cette soirée nous a « bousculés »et transportés sur une nouvelle orbite … Désormais de quoi aurions nous peur? Regardons vers l’unique Père de tant d’enfants, le Créateur, l’Eternel, et chacun devient mon frère dans l’instant.
    Et c’est une réalité que notre coeur s’élargit comme les bras de St Pierre, comme les bras de la Mère…
    Sarah

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