Les larmes du soleil

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François vient de confirmer une nouvelle fois son leadership moral en allant visiter samedi 16 avril les réfugiés sur l’île grecque de Lesbos, le jour même où il a salué Bernie Sanders au Vatican, candidat démocrate aux primaires pour la présidence des Etats Unis. « Comme président j’espère pouvoir travailler avec lui pour construire une économie plus morale et réparer les injustices » a déclaré en substance ce sénateur américain, qui partage à bien des égards la vision sociale et géopolitique du Pape, en particulier s’agissant des racines de l’instabilité au Moyen-Orient et de la crise des migrants qui en est une dramatique conséquence. « Si nous voulons un jour ramener la paix dans cette région qui subit tant de haines et de guerres, nous allons tous devoir traiter le peuple palestinien avec respect et dignité », a récemment affirmé courageusement Bernie Sanders, en direct sur la chaîne de télévision CNN. Construire des murs ne sert à rien, nulle part, et la paix suppose la justice, partout. Comme dit le récent tweet de @pontifex : la voie privilégiée pour la paix est de reconnaître dans l’autre non pas un ennemi à combattre, mais un frère à accueillir…
« Faire des murs n’est pas une solution, nous devons faire des ponts », a répété le Saint-Père aux journalistes dans l’avion qui le ramenait de Lesbos. Il a montré à ceux qui l’accompagnaient le dessin d’une enfant représentant le naufrage d’une barque de migrants, où le soleil est représenté versant des larmes couleur de sang.
Nous avions tous pu voir en direct cette petite fille se jeter aux pieds du Saint-Père, dans le camp de réfugiés de Moria, et s’accrocher à ses chevilles en sanglotant.
Durant la matinée il avait serré la main d’environ 300 réfugiés demandeurs d’asile, parmi plus de 4000, retenus sur la prison à ciel ouvert qu’est l’île de Lesbos, menacés d’être renvoyés en Turquie conformément à un accord signé le 20 mars entre l’Union européenne et Ankara.
Offrant son sourire et sa tendresse à chacune et chacun, dans un climat d’émotion extrême marqué par le deuil des familles ayant perdu des êtres chers durant la guerre ou en mer, François a choisi de faire monter dans l’avion papal trois familles syriennes musulmanes, constituées de douze personnes ayant fui les bombardements et la barbarie criminelle de Daech.
« Nous sommes des gens normaux comme vous, pas des terroristes ; nous souhaitons une vie stable, où il y a la paix, et… on vous aime ! », confiait Nour, jeune maman syro-palestinienne, interviewée par radio Vatican à son arrivée dans la Ville éternelle.
Le terrorisme de l’ISIS n’a rien à voir avec l’islam car ces réfugiés musulmans sont eux aussi victimes du soi-disant Etat islamique, groupe armé manipulé par des puissances aux intérêts divers. Le Pape l’a fait clairement comprendre par son geste de solidarité inconditionnelle, posant un signe fort qui contredit la théorie du choc des civilisations, et contrarie les officines cherchant à opposer chrétiens et musulmans en Occident pour justifier certaines barrières dressées au mépris du droit international.

« Ceux qui ont peur de vous n’ont pas vu vos yeux, ne voient pas vos visages, ne voient pas vos enfants »

Le cœur des Européens est touché, et les consciences engourdies se réveillent face à ce que le Pape considère comme « la plus grande catastrophe humanitaire depuis la seconde guerre mondiale ».
Aux côtés du patriarche Bartholomée de Constantinople, et de l’archevêque orthodoxe d’Athènes Hieronymos, le successeur de Pierre a appelé la communauté internationale à « répondre avec courage en affrontant cette crise massive et ses causes sous-jacentes, par des initiatives diplomatiques, politiques et de charité ainsi que par des efforts de coopération, à la fois au Moyen-Orient et en Europe ».
« Ensemble, nous plaidons solennellement pour une fin de la guerre et de la violence au Moyen-Orient, pour une paix juste et durable et pour le retour honorable de ceux qui ont été contraints à abandonner leurs maisons », ont notamment ajouté les trois leaders religieux, désireux d’apporter leur soutien à ceux qui cherchent un refuge ainsi qu’à tous ceux qui les accueillent et les assistent.
Ils ont donné au monde un témoignage d’unité dans la charité, dénonçant prophétiquement le trafic d’armes et plaidant pour l’intégration des réfugiés.
« Ceux qui ont peur de vous n’ont pas vu vos yeux, ne voient pas vos visages, ne voient pas vos enfants », a dit le patriarche Bartholomée aux réfugiés, tandis que François leur lançait avec force : « vous n’êtes pas seuls ».
Dimanche, à l’heure de l’angélus, il a donné en exemple le témoignage d’un réfugié musulman, un jeune père de deux enfants rencontré à Lesbos, qui lui a raconté en pleurant comment sa femme chrétienne fut tuée en restant fidèle au Christ que ses assassins lui demandaient de renier.
« Ils s’aimaient et se respectaient réciproquement », notait François en parlant de ce couple, comme pour nous indiquer le chemin sûr où nos larmes se transforment en perles de victoire sur l’insensibilité, et attestent de notre appartenance à l’unique famille humaine dans laquelle nous sommes tous des voyageurs de l’espérance.

2 Comments

  1. David dit :

    En vivant cette journée, le Saint Père nous entraîne une fois de plus à sa suite : nous ne pouvons pas ne pas avoir rencontré toutes ces personnes , notre coeur ne peut pas ne pas pleurer et chercher quoi faire à notre tour … Désormais toutes ces personnes font partie de notre propre vie.
    David

  2. Raïssa dit :

    « Nos larmes se transforment en perles de victoire sur l’insensibilité  »
    merci pour cet article qui nous rappelle à notre devoir premier, notre seul joie profonde et vrai, aimer le Christ, et l’aimer et tout lieu, en toute personne, aimer chaque être, un être vivant que nous ne pouvons pas laisser mourrir.

    `Comment répondre à tant de méchanceté sinon avec la force désarmée de l’amour qui vainc la haine, de la vie qui ne craint pas la mort` Benoit XVI

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