« Le secret de l’Eglise, c’est les pauvres »

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La semaine dernière, à l’audience générale, le Pape a salué de près les participants du premier pèlerinage de personnes sans domicile fixe sans doute jamais organisé à Rome. Lors de la messe qui a suivi, dans la basilique Sainte-Marie-Majeure, Mgr Renaud de Dinechin, l’évêque français qui les accompagnait, nous a confié les quelques mots que le Saint-Père lui a dit à la fin de l’audience : « Le secret de l’Eglise, c’est les pauvres ». Après deux semaines où les débats du Synode sur la famille et l’inquiétude pour les chrétiens du Moyen-Orient ont occupé l’avant scène médiatique vaticane, j’ai retenu cette phrase de François comme pouvant être la clé de compréhension de toute l’actualité de l’Eglise catholique. En effet, qu’il s’agisse des situations de souffrance liés à des échecs conjugaux, ou de la détresse des chrétiens orientaux chassés de leur terre en raison de la guerre, l’Eglise se présente comme un « hôpital de campagne », selon l’expression du Pape François. « Je vois avec clarté que la chose dont l’Église a le plus besoin aujourd’hui, c’est la capacité de soigner les blessures et de réchauffer le cœur des fidèles, la proximité, la convivialité. Je vois l’Église comme un hôpital de campagne après une bataille. Il est inutile de demander à un blessé grave s’il a du cholestérol et si son taux de sucre est trop haut?! Nous devons soigner les blessures », disait-il à Antonio Spadaro lors d’un entretien accordé l’an dernier aux revues jésuites. Avant l’ouverture du Synode, le Pape a voulu rencontrer tous les nonces et représentants diplomatiques en poste au Proche et Moyen-Orient, du 2 au 4 octobre. Puis, au lendemain du Synode, le 20 octobre, un consistoire réunissait les cardinaux et patriarches autour des questions d’actualité qui touchent l’Irak, la Syrie, la Jordanie, le Liban, Israël, et la Palestine. Partant du nœud du problème qui attise toutes les haines régionales, il a été réaffirmé que Jérusalem doit être reconnue comme capitale de la foi pour les trois grandes religions monothéistes. Le Patriarche de Jérusalem, Mgr Fouad Twal, souhaite que les diocèses du monde intensifient l’organisation des pèlerinages vers les lieux saints, et surtout achètent des maisons et des appartements à Bethléem et à Jérusalem pour y loger des familles en difficulté. Le président de la Conférence épiscopale italienne se rendra prochainement en Terre Sainte pour évaluer des réponses possibles à cet appel sans précédent lié à la sauvegarde de la présence chrétienne. Plus largement, face à la question de l’exil forcé – « la valise ou le cercueil » – les participants ont rappelé qu’un Orient sans chrétiens serait une perte grave pour le monde, et un cri fut lancé aux autres Eglises pour qu’elles manifestent toujours davantage leur solidarité, en priorité envers ces populations abandonnées. Pour l’heure c’est le roi musulman de Jordanie qui a financé d’urgence le voyage de 500 familles chrétiennes d’Irak venues trouver un havre de paix dans son pays où sont accueillis déjà environ près de 700 000 réfugiés syriens et irakiens.

La victoire de François au Synode

Mystérieusement les souffrances des chrétiens orientaux auront sans doute fécondé spirituellement les travaux des pères synodaux, en leur inspirant une « charité créative », et un retour à l’essentiel qui consiste à « aimer comme Jésus a aimé », selon les paroles du Pape en la fête de saint François, au soir du 4 octobre, place Saint-Pierre. Lors de cette veillée de prière préparatoire au Synode sur la famille, François avait invoqué l’Esprit-Saint « sur l’humanité entière », lui demandant qu’il « défasse les nœuds qui empêchent les personnes de ses rencontrer », et qu’il « soigne les blessures de tous ceux qui ont perdu l’espérance ». Bien entendu les familles chrétiennes d’Orient étaient dans le cœur de tous ceux qui priaient avec lui, sur la place, flambeaux à la main. Le Pape demanda que l’Esprit de vérité (Jean 16,13), le vent de Pentecôte, souffle sur le Synode, pour que l’annonce de l’Evangile « retrouve le dynamisme des premiers missionnaires ».
Le Synode – du grec « marcher ensemble » – s’ouvrit le lendemain, fête de sainte Faustine, apôtre de la Miséricorde, et après quinze jours de débats parfois houleux (voir mon blog de ces jours-là) les questions de l’accès aux sacrements des personnes divorcés remariés et de l’accueil des personnes homosexuelles restent largement ouvertes dans la « Relatio Synodi » (numéros 52, 53 et 55). Les titres menteurs de certains journaux ont pu influer sur l’opinion publique catholique, mais la réalité est que les évêques présents au Synode ont voté en faveur de l’ouverture voulue par le Pape, même si les deux points controversés n’obtiennent pas la majorité des deux tiers. L’opposition est décidément minoritaire. La synthèse finale envoyée aux épiscopats fera l’objet de discussions jusqu’au prochain Synode, dans un an, dont les conclusions éclaireront la décision finale prise par François et lui seul, qui sera alors au seuil de ses 80 ans.

L’Eglise n’a pas peur de manger et de boire avec les prostituées et les publicains

La perspective ecclésiale désormais irréversible consiste à regarder les personnes d’abord, et non pas la régularité de leur situation ou leur orientation sexuelle, comme le cardinal Christoph Schönborn l’a expliqué à la presse. Le message de l’assemblée synodale est clair à ce sujet, mettant en lumière un passage de l’Apocalypse où l’on voit le Christ marcher dans les rues de Laodicée, en Asie Mineure, frappant aux portes des familles pour se mettre à table avec les gens (Ap 3, 20). L’eucharistie n’est pas le sacrement des parfaits, mais une nourriture pour des croyants en chemin, et le Pape a insisté à nouveau sur ce point dans son discours de clôture du Synode, le 18 octobre, parlant d’une Eglise qui « ne regarde pas l’humanité depuis un château de verre pour juger ou classifier les personnes ». « L’Eglise n’a pas peur de manger et de boire avec les prostituées et les publicains », a-t-il insisté devant les pères synodaux, citant le chapitre 15 de l’Evangile selon saint Luc. Il a renvoyé dos à dos traditionnalistes rigides et progressistes « bonistes », en cherchant à ramener l’Eglise à une attitude simplement conforme aux faits et gestes du Christ, illustration parfaite de sa Parole.
« Un chrétien qui vit l’Evangile est la nouveauté de Dieu dans l’Eglise et dans le monde », a dit le Pape lors de la messe du dimanche 20 octobre, pour la béatification de Paul VI, évoquant les « chemins imprévus » par lesquels Dieu, qui aime les surprises, nous conduit. S’appuyant sur les paroles par lesquelles Paul VI – « le grand timonier du Concile » – institua le Synode, il a montré que l’Eglise observe attentivement « les signes des temps » (Matthieu 16,3), s’efforçant d’adapter les orientations et les méthodes aux besoins croissants de notre époque et à l’évolution de la société… Seuls deux cardinaux ne sont pas ont allés serrer la main au Pape à la fin de la célébration.
Au Brésil, premier pays catholique par le nombre de baptisés, les évangélistes deviendront probablement majoritaires en 2030, parce qu’ils sont proches du peuple et de ses souffrances : il était temps que l’Eglise catholique sorte de sa tour d’ivoire, non pas tant pour toucher à la doctrine, mais surtout pour changer d’approche pastorale et de langage.

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