« Faire tomber tous les murs qui divisent le monde »

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Chers amis, l’actualité vaticane est abondante, le Pape ne perd pas une minute, présent sur tous les fronts. Ce jeudi, lors de la Conférence internationale sur l’alimentation, au siège de la FAO, il a mis en garde contre le risque d’une autodestruction de la création causée par les logiques de marché qui mettent en péril « notre sœur et terre mère », et il a lancé un appel à sortir du « paradoxe de l’abondance » marqué par l’individualisme croissant et le manque de solidarité avec les plus faibles. Les petits et les pauvres sont sa priorité : il entraîne toute l’Eglise à se mettre au diapason de cette exigence évangélique. Son exemple fait école au sein de la Curie romaine, et la réforme pour laquelle il a été élu avance fermement, s’orientant vers plus de cohérence dans le fonctionnement interne. Au plan international sa parole est de plus en plus écoutée et attendue, comme en témoigneront encore deux prochains voyages pontificaux, à Strasbourg mardi prochain, et en Turquie les 29 et 30 novembre. À la lumière de ce que nous avons vécu auprès de lui ces derniers jours, je voudrais partager ici avec vous quelques unes de ses paroles fortes, ainsi que des faits et gestes qui me semblent essentiels à retenir, pour alimenter notre espérance et notre prière.
Parlons d’abord des pauvres, qui sont le trésor de l’Eglise. « Comme je voudrais une Église pauvre, pour les pauvres », nous avait déclaré François à l’occasion de sa première rencontre au Vatican avec les journalistes, le 16 mars 2013. Tandis qu’ailleurs, sans aucun respect pour le peuple, tel ou tel évêque ose encore dépenser des millions d’euros pour des travaux « esthétiques » inutiles que le temps balaiera, le Pape fait installer des douches pour les personnes sans domicile fixe, sous les colonnes de la place Saint-Pierre, à deux pas de la porte de Bronze, entrée principale du Palais apostolique. Les travaux ont commencé lundi 17 novembre, sous la vigilance de Mgr Konrad Krajewski, en charge des questions d’urgence sociale au nom du Pape. « Dans les pauvres nous servons le corps souffrant de Jésus », dit simplement cet homme de Dieu que j’ai la chance de voir très souvent. « Don Corrado », comme nous l’appelons, confie à qui veut l’entendre sa joie de répondre sans attendre aux besoins des gens, « aujourd’hui » étant un mot que Jésus évoque toujours dans l’Evangile, précise-t-il volontiers. Les pauvres sont vraiment dans le cœur de François, et l’initiative de ces douches pour les SDF constitue un message universel que le Pape adresse, en premier lieu aux représentants de l’Eglise, surtout à ceux qui ont passagèrement la garde de lieux significatifs du catholicisme.

La sainteté est un don offert à tous

Ce choix préférentiel pour les petits et les pauvres, le Pape le manifeste publiquement chaque jour, l’accompagnant d’un enseignement adapté et compris de tous. Il veut en finir avec « l’Eglise des castes », comme me le disait mercredi soir le cardinal brésilien João Braz de Aviz, un proche collaborateur de François. Lors de l’audience générale du 19 novembre le Saint-Père a encore mis en valeur l’importance des personnes les plus humbles dans l’Eglise, Corps mystique du Christ, qui grandit grâce aux actes d’amour concrets posés discrètement. Une femme qui va au marché et qui ne cède pas à la tentation de mal parler des autres fait un pas vers la sainteté, a-t-il expliqué, car « c’est en vivant les activités de tous les jours avec amour que nous sommes appelés à devenir saints, quelque soit notre condition ». Cette « petite voie », celle de sainte Thérèse de Lisieux – sa sainte préférée dont il offre volontiers la photo à ceux auxquels il écrit personnellement – est le chemin sûr que le Pape nous indique, loin des flonflons et des froufrous. C’est selon cette logique qu’il a appelé samedi dernier les médecins catholiques à protéger la vie dès sa conception, leur demandant courageusement d’aller jusqu’à l’objection de conscience si nécessaire, non pas en fonction d’un parti pris idéologique, mais par amour. « L’enfant n’est pas un droit, a-t-il martelé, mais un don à accueillir ». Le docteur Sandro de Franciscis, médecin permanent du sanctuaire de Lourdes, qui participait à cette audience avec le Pape, lui a offert un livre écrit par un jeune autiste (1), en l’invitant à venir en pèlerinage à la grotte de Massabielle aux côtés de ces petits que la société marchandisée cache ou pousse à supprimer. François accueillera d’ailleurs samedi matin les participants d’une conférence internationale sur l’autisme, qui se déroule actuellement dans la salle du Synode au Vatican, où apparaît notamment la richesse intérieure des personnes touchées par cette maladie, capables de nous aider à communiquer davantage avec le cœur, au-delà des apparences. « Ce François me semble être le Pape qui nous apprend à perdre. Perdre la gloire du rôle, le pouvoir mondain, l’importance de soi, pour devenir un homme humble et simple capable de tout recevoir de Dieu », remarque Federico De Rosa, jeune autiste de 20 ans, dans l’ouvrage précédemment cité…

La tentation d’un « microclimat ecclésiastique »

Dans cet esprit évangélique le Pape poursuit la réforme des institutions ecclésiales, prêchant tous les jours pour que l’Eglise sorte d’elle-même. Mardi dernier, lors de la messe matinale à Sainte-Marthe, il a dénoncé la tentation de s’emmurer à l’intérieur d’un « microclimat ecclésiastique ». « Nous ne regardons plus le Seigneur qui a faim, qui a soif, qui se trouve en prison, qui se trouve à l’hôpital », notait-il à propos des dangers d’un fonctionnement de groupe qui, à force de savourer ses privilèges spirituels, s’éloigne du peuple. « C’est la tentation des disciples : oublier le premier amour, c’est-à-dire oublier les périphéries… », expliquait-il, demandant que soient pris en considération les gens simples, ceux qui vont parfois « péniblement, au prix de tant de sacrifices, prier la Vierge Marie dans un sanctuaire », pour y puiser l’eau vive avec foi… Accueil, sobriété, douceur et tendresse, sont les mots d’ordre qu’il donne aux évêques, comme lors de sa catéchèse du 12 novembre. Quelques jours avant il avait stigmatisé le « terrorisme des bavardages » devant l’assemblée des supérieurs religieux italiens. La cohérence et la coordination sont en marche, dans un souffle surnaturellement trinitaire, et les collaborateurs qu’il met en place à la Curie correspondent au profil qu’il veut voir émerger de plus en plus. Ainsi son nouveau ministre des affaires étrangères, Mgr Paul Richard Callagher, anglais de Liverpool, est un homme de terrain, prêtre avant d’être diplomate, que Jorge Mario Bergoglio a connu à l’époque où celui-ci était nonce au Guatemala. Il aura à traiter des questions brûlantes qui mettent actuellement en péril la paix du monde, en partant de la fournaise du Moyen-Orient.

Prendre des décisions courageuses pour la réconciliation et la paix

Le Pape est évidemment très préoccupé par la guerre qui s’étend, sorte de « troisième guerre mondiale déjà commencée », comme il y a fait plusieurs fois allusion. Face à la situation en Terre Sainte, au sens large de tous les territoires bibliques, il adressait mercredi un appel aux parties impliquées, afin que l’on mette fin à la spirale de la haine et de la violence, et que soient prises des « décisions courageuses pour la réconciliation et la paix ». La violence des bombardements de l’été dernier sur la bande de Gaza, les massacres de civils arabes innocents, et l’injustice permanente des implantations de colons israéliens dans les Territoires palestiniens, nourrissent en réaction un terrorisme islamique intolérable, aggravé par le « virus » de l’ISIS sur internet, où les messages du « Calife » autoproclamé éveillent des vocations de martyrs d’Allah, justiciers macabres et petits monstres utiles qui servent d’épouvantail à ceux qui les manipulent. Seule l’existence de deux Etats acceptés comme tels par la communauté internationale permettra de régler le problème, et dans cette perspective de bon sens la Palestine est progressivement reconnue par les pays d’Europe : Pologne, Hongrie, Slovaquie, et depuis peu Suède aussi, tandis que les parlements votent des motions qui influent vers cette reconnaissance en Espagne, Grande Bretagne et bientôt aussi, le 28 novembre, en France… On comprend dans ce contexte quels sont les lobbies qui ont intérêt à bloquer le dialogue interreligieux avec l’islam et à diaboliser à tout prix dans l’opinion occidentale les croyants de cette religion abrahamique dont beaucoup sont des artisans de paix. « Nous avons besoin de ponts, pas de murs », rappelait François le 9 novembre dernier, 25ème anniversaire de la chute du Mur de Berlin. Son geste au mur de séparation en mai dernier, lors de son voyage en Terre Sainte, ne lui a pas été pardonné par les extrémistes de la division, il se sait en danger mais continue à demander de « faire tomber tous les murs qui divisent encore le monde, pour que plus jamais des personnes innocentes ne soient persécutées et même tuées à cause de leur foi et de leur religion ». Dans son message au sommet du G20, qui s’est tenu les 15 et 16 novembre à Brisbane, il avait exhorté les chefs d’Etat et de gouvernement à « éliminer les causes profondes du terrorisme, causes qui incluent la pauvreté, le sous-développement et l’exclusion », mais quels sont les puissants qui voudront affronter ces vrais problèmes? Mardi, devant les instances européennes de Strasbourg, durant le plus court voyage pontifical de tous les temps, et à la fin du mois en Turquie, le Pape prononcera des discours historiques qu’il faudra écouter et puis scruter. Malgré les menaces du « Calife » al Baghdadi, qui promet de marcher sur Rome, jouant là le jeu de ceux qui veulent faire taire le Pape, il est sans aucun doute plus que jamais urgent de favoriser le dialogue et la coexistence pacifique entre tous.

( 1) Quello che non ho mai detto. Federico De Rosa. Editions San Paolo

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