Clarté, écoute et respect : à Rome un vent de « parésia » souffle sur le Synode

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Une grande évolution de la problématique de la famille chrétienne a eu lieu depuis le Synode ordinaire qui lui fut consacré en 1980, y compris en matière de culture juridique, et L’Eglise veut en tenir compte. La doctrine sur l’indissolubilité du mariage ne sera cependant pas remise en cause par le Synode en cours, et heureusement car le monde a plus que jamais besoin de repères justes. La préoccupation de l’assemblée spéciale convoquée à Rome par François est d’ordre pastoral : il s’agit de revaloriser l’importance de la famille dans la société, et de panser les plaies de ceux dont l’idéal chrétien s’est brisé dans une confrontation douloureuse avec les réalités actuelles. Le mot souvent utilisé pour approcher des solutions est celui de « gradualité », suggérant d’aller par étapes vers le meilleur des possibles, à charge pour les pasteurs d’encourager leurs brebis en les accompagnant de près, sans craindre « l’odeur » du troupeau. Parmi les images utilisées par les pères synodaux, celle du flambeau qui éclaire la marche est particulièrement intéressante, préférée à celle du phare lointain.

Le primat de la conscience

« Nous vivons immergés dans des situations où la beauté du mariage a été blessée », constate par exemple le président du Conseil pontifical pour la Nouvelle évangélisation, Mgr Rino Fisichella, qui rappelle, pour ce qui est de l’accès ou non aux sacrements, « le primat de la conscience, une conscience illuminée par la Parole de Dieu, qui suppose le discernement et accepte un cheminement ». Il s’insurge en particulier avec le Pape contre les évêques qui font la chasse aux divorcés remariés en les empêchant d’avoir des responsabilités notamment dans l’enseignement catholique…
Depuis le début de la semaine et pour encore huit jours les évêques débattent ainsi réellement, sur le thème de la famille, et accueillent des témoignages personnels de couples plus émouvants les uns que les autres. Sans nier la doctrine fondamentale sur le mariage, la situation concrète des personnes est mise en lumière, hors de toute condamnation morale, afin qu’elles soient en mesure de vivre pleinement leur appartenance à l’Eglise au regard d’une histoire particulière. Le cardinal Francesco Coccopalmerio, célèbre canoniste, a donné l’exemple d’un homme dont l’épouse a quitté le domicile conjugal, resté seul avec ses enfants, et qui vit avec une autre femme désireuse de le soutenir : comment ne pas considérer avec compassion de pareilles expériences de plus en plus nombreuses? Il a expliqué en particulier que la commission récemment crée par le Pape en vue de faciliter la reconnaissance de l’invalidité de certains mariages, pourrait proposer que l’évêque diocésain se prononce en fonction de cas qui concernent son diocèse. Face à la gravité et à l’urgence, en effet, les « tribunaux » ecclésiastiques ne suffisent plus. La gratuité des procès est également envisagée, ainsi que le recours à un seul juge au lieu de trois, et la suppression de la procédure d’appel.

Un regard de foi pour comprendre le déroulement du Synode

Le texte qui sera adopté à la fin du Synode servira de base à la réflexion pendant un an, avant la prochaine assemblée dite ordinaire, sur le même sujet, à l’automne 2015. Un texte définitif sera voté, dégageant un consensus élaboré progressivement, après des mois d’une réflexion libre et très ouverte, selon une méthode que le cardinal Bergoglio utilisait lors des réunions de l’épiscopat latino-américain à Aparecida. La « parésia » est à l’ordre du jour, c’est le mot d’ordre donné par le Pape aux pères synodaux : une manière de parler avec courage et clarté, en vérité, sans se fermer à l’autre, dans une volonté mutuelle d’écoute profonde et d’humble respect. Notons aussi que le « parésiaste » est quelqu’un dont on reconnaît qu’il dit la vérité parce que son mode de vie en témoigne… François, qui fait ce qu’il dit, prendra ensuite des décisions, à la lumière de ce long travail vécu dans la collégialité épiscopale, en fidélité au Concile Vatican II enfin mis en pratique, au-delà des interprétations idéologiques et des crispations traditionnalistes.
Seul un regard de foi, à distance des analyses politiques, peut nous aider à bien comprendre ce qui se déroule en ce moment, parce que c’est l’Esprit Saint qui conduit l’Eglise. Autoriser largement l’accès à la communion pour les divorcés remariés d’un coup de baguette magique ne résoudra rien, et il n’en est pas question, en revanche un changement de regard et de langage de la part de l’Eglise est plus que jamais attendu.

« Des éléments nombreux de sanctification et de vérité » hors de l’Eglise visible

Dans cet esprit de miséricorde le cardinal Christoph Schönborn, archevêque de Vienne qui fut très proche de Jean-Paul II et de Benoît XVI, avait dès lundi enraciné dans les textes conciliaires la recherche de nouvelles pratiques pastorales pour les familles canoniquement « irrégulières », s’attachant en particulier au premier chapitre de la constitution dogmatique Lumen gentium, sur l’Eglise. Il est écrit au numéro huit de ce chapitre que « des éléments nombreux de sanctification et de vérité » se trouvent hors de la sphère visible de l’Eglise, « éléments qui, appartenant proprement par le don de Dieu à l’Eglise du Christ, portent par eux-mêmes à l’unité catholique ». Ce texte, ayant fondé le dialogue de l’Eglise avec le monde, il y a cinquante ans, peut, servir de base à une pastorale familiale prenant davantage à coeur les situations de l’amour humain authentiquement habitées par la présence de Dieu, tels que des mariages civils.
« Puisse souffler le vent de la Pentecôte sur les travaux du Synode, sur l’Eglise, et sur l’humanité entière », demandait le Pape lors de la veillée de prière pour les familles organisée samedi 4 octobre, place Saint-Pierre. François souhaite que l’annonce de l’Evangile retrouve la vivacité et le dynamisme des origines du christianisme, et pour cela il a dénoncé dimanche « les mauvais pasteurs » qui mettent des fardeaux insupportables sur les épaules des gens, citant le Christ dans l’Evangile selon saint Matthieu (Mt 23,4). « Que l’Esprit nous donne la sagesse qui va au-delà de la science, pour travailler généreusement avec vraie liberté et humble créativité », ajouta-t-il en forme de programme pendant cette messe d’ouverture de l’assemblée synodale, en la fête de sainte Faustine, apôtre de la Miséricorde divine.
Son voyage en France fin 2015, officialisé lundi, sera peut-être aussi pour lui l’occasion d’aller remercier sainte Thérèse de Lisieux et ses bienheureux parents, à qui il a confié spirituellement l’œuvre missionnaire du Synode…

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