« Une injection d’esprit de famille » pour rénover l’Eglise et guérir le monde

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La XIVème assemblée ordinaire du Synode des évêques, consacrée à « la vocation et la mission de la famille », se poursuit jusqu’au 24 octobre. Cet évènement est comme un levier de la réforme où François nous entraîne progressivement depuis près de trois ans. Il souhaite que l’Eglise « abandonne les vieux filets et se remette à pêcher en se confiant à la parole du Seigneur », comme il l’a dit à l’audience générale de ce mercredi.
« Les familles sont l’un des filets les plus importants pour la mission de Pierre et de l’Eglise. Non pas un filet qui rend prisonniers, mais qui libère des eaux mauvaises de l’abandon et de l’indifférence », a-t-il précisé, souhaitant que « l’esprit de famille » règne dans l’Eglise et inspire des liens de confiance et de respect dans la vie sociale, loin des courses de compétition et des fantasmes d’autoréalisation.
Cet appel à une « injection d’esprit de famille » pour guérir le monde « déshydraté » en raison de rapports trop formels, arides et anonymes, est illustré dans l’aula synodale par le sourire du petit David, âgé de quatre mois, fils d’un des couples d’auditeurs, dont la photo dans les journaux tend à donner une image de cette Eglise « famille de Dieu » que le Pape encourage.

« Le panorama est totalement ouvert »

C’est pour ouvrir au grand large cet horizon familial, dans l’intérêt de la communauté humaine tout entière, qu’il ne cesse de dénoncer la rigidité des docteurs de la loi, leur résistance à la miséricorde de Dieu, comme à nouveau mardi matin à l’homélie de la messe à Sainte Marthe, avant de prendre la parole devant le Synode, de manière imprévue. Au deuxième jour des travaux en effet il a exhorté les pères synodaux à ne pas céder à « l’herméneutique conspirative » en imaginant des manipulations pour un résultat prévu d’avance, mais au contraire à travailler dans l’unité, confiants que Dieu guide l’Eglise. Dans cette intervention surprise le Pape a voulu rassurer ceux qui s’inquiètent en affirmant que la doctrine sur le mariage sera conservée dans son intégrité.
Certains craindraient que le rapport final soit partial, en raison de la composition de la commission nommée par le Pape en charge de le rédiger, et que les divorcés remariés accèdent finalement aux sacrements, en contradiction avec ce que l’Eglise a enseigné jusqu’à présent. Le cardinal Peter Erdö, rapporteur général du Synode, avait précisé lundi, dans sa relation introductive, que seuls les divorcés remariés qui pratiquent la continence peuvent accéder aux sacrements de la pénitence et de l’eucharistie… Cette question qui divise relève-t-elle de la doctrine ou de la pastorale?? La réponse est encore floue, et selon ce que nous confie Mgr Claudio Maria Celli, président du Conseil pour les communications sociales, « le panorama est totalement ouvert ».

Exercice de haute voltige…

Sans se focaliser sur ce point litigieux qui mobilise l’attention des médias, quelque 360 participants, dont 270 évêques, travaillent essentiellement à partir du document intitulé « Instrumentum laboris », fruit du Synode extraordinaire d’octobre 2014 qui traitait aussi de la famille. Une vingtaine d’experts, une cinquantaine d’auditeurs et une quinzaine de délégués fraternels des autres Eglises, sont présents à cette réunion au long cours voulue par François pour raviver l’annonce de la foi catholique dans la société réelle. Parmi les auditeurs et les experts, dix-huit couples, formés de parents et chefs de familles, apportent leur contribution aux débats, en particulier dans les « Circuli minores », les groupes linguistiques destinées aux échanges, dont l’importance est davantage marquée cette année. Leurs synthèses ne seront pas seulement des propositions faites au Pape, mais serviront au document de conclusion, qui pourrait être choisi par François comme texte définitif officiel ratifié par lui, selon ce que Paul VI avait voulu en créant le Synode il y a 50 ans.
Ces « carrefours » d’une vingtaine de personnes ont commencé à mettre en commun les expériences des uns et des autres, les différences culturelles faisant apparaître la difficulté d’adapter une même parole sur le mariage et la famille à la diversité des situations. « C’est un exercice de haute voltige », reconnaît Mgr Laurent Ulrich, archevêque de Lille, modérateur de l’un de ces « Circuli minores » où l’on constate par exemple la croissance des mariages religieux en Afrique, au contraire de ce qui se passe en Occident.

Un langage capable d’être accueilli

« Avec un regard de grande compassion pour les blessures que vit le peuple de Dieu, nous cherchons quelles sont les pierre d’attente afin que l’enseignement de Jésus sur le mariage et la famille puisse rejoindre la culture actuelle », explique en substance Mgr Paul-André Durocher, archevêque canadien de Gatineau, qui relève par exemple que le mot fidélité devrait être préféré à celui, peu compréhensible, d’indissolubilité. La question du langage de l’Eglise semble à tous très importante, un langage appelé à être « accueillant et capable d’être accueilli ».
La doctrine sera sauve donc, et le Synode cherche « comment la doctrine peut-être vivante aujourd’hui et applicable dans les situations pastorales de la famille », en soignant et soutenant les familles blessées par toutes les souffrances actuelles, notamment les migrations et les guerres, comme l’a précisé aussi devant la presse le cardinal Antonio Tagle, archevêque de Manille.
C’est là sans doute que se jouera le succès du Synode, en partant de la réalité et non de l’idée, selon une démarche inductive, prenant en compte l’expérience, loin des tentations idéologiques et des rigidités doctrinales qui anesthésient les consciences, dans le dynamisme missionnaire de François, modèle d’une Eglise à la fois libre et fidèle.

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