Transformer chaque jour l’air pollué de la haine en oxygène de la fraternité

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« Al Salamò Alaikum ! », « la paix soit avec vous », a dit le pape venu de Rome aux participants de la conférence internationale de la paix, au premier rang desquels le Grand Imam al-Tayeb, de l’université al-Azhar, que François appelle avec humilité « mon frère ». 

Dix-sept ans après la visite de saint Jean-Paul II en Egypte, pays où la Sainte Famille a trouvé refuge, terre de martyrs et de saints, ce voyage était considéré comme essentiel pour renforcer le dialogue interreligieux spécialement au Moyen-Orient. Il s’agissait en réalité d’un véritable défi à l’heure où des intérêts puissants, soucieux d’occulter leurs guerres de conquête, cherchent à opposer artificiellement chrétiens et musulmans dans le cadre d’une stratégie machiavélique basée sur la manipulation des masses.

Avant l’arrivée du pape, le Grand Imam, la plus haute autorité de l’islam sunnite, avait tenu a préciser au cours d’un entretien publié dans la presse que l’extrémisme n’est en aucun cas l’apanage des musulmans. « Le judaïsme n’est pas une religion de terrorisme seulement parce que un groupe de ses adeptes utilise les enseignements de Moïse pour occuper des territoires et chasser des millions de palestiniens sans défense », déclara-t-il notamment, en ayant dit aussi, au regard de l’histoire, que « le christianisme n’est pas une religion de terrorisme seulement parce que certains portant la croix ont massacré sans faire de distinction parmi les hommes, les femmes, les enfants ».

Sur la base de ces faits objectifs, les deux leaders spirituels souhaitent servir la paix, comme ils en ont témoigné ensemble samedi au Caire. « Dans le domaine du dialogue, spécialement interreligieux, nous sommes toujours appelés à marcher ensemble, convaincus que l’avenir de tous dépend aussi de la rencontre entre les religions et les cultures », a noté le Saint-Père dans son allocution historique à al-Azhar, insistant beaucoup sur « l’ouverture respectueuse » à l’autre, et la  reconnaissance de « ses droits et ses libertés fondamentales, spécialement la liberté religieuse ».

Fondée vers 970 par les Fatimides, dynastie chiite issue de Fatima Zahra, la fille de Mahomet, la mosquée al-Azhar – « la resplendissante » – est le siège de la plus ancienne université islamique. L’islam sunnite, qui s’en empara avec l’arrivée de Saladin en 1171, en fit un phare de référence pour la majorité des musulmans dans le monde.

Lieu de formation de très nombreux imams sunnites, c’est un lieu de dialogue constant avec le Saint-Siège, même si certaines incompréhensions avaient un temps refroidi les relations bilatérales sous le pontificat de Benoît XVI.

Le recteur al-Tayeb, désireux de combattre l’extrémisme des ignorants, invita lui-même François lors de sa rencontre avec lui au Vatican il y a moins d’un an. Leur volonté commune est de mettre en lumière le rôle de l’éducation à la paix, «  meilleure voie pour bâtir ensemble l’avenir, pour être des bâtisseurs de civilisation » selon les mots du pape prononcés au Caire.

Dans un contexte international d’une « guerre mondiale par morceaux », face à « la barbarie de la confrontation », l’unique alternative est « la civilisation de la rencontre », insista François. Il est urgent d’accompagner et de faire mûrir les jeunes, qui « comme des arbres bien plantés, sont enracinés dans le terrain de l’histoire et, grandissant vers le Haut et à côté des autres, transforment chaque jour l’air pollué de la haine en oxygène de la fraternité ».

« Que se lève le soleil d’une fraternité renouvelée au nom de Dieu et que jaillisse de cette terre, embrassée par le soleil, l’aube d’une civilisation de la paix et de la rencontre ! », lança  le pape, en forme de prière, demandant « qu’intercède saint François d’Assise, qui, il y a huit siècles, est venu en Égypte et a rencontré le Sultan Malik al Kamil ! ».

Il continua en évoquant le Mont Sinaï, où Moïse reçut les dix commandements, nous rappelant à quel point « une authentique alliance sur cette terre ne peut se passer du Ciel », et que « l’humanité ne peut se proposer de jouir de la paix en excluant Dieu de l’horizon… ».

Aux tenants d’une laïcité intolérante et militante, qui en Europe au moins tend à provoquer les croyants, le discours de François signale que « la religion n’est pas un problème mais fait partie de la solution », parce que « contre la tentation de s’accommoder à une vie plate, où tout naît et finit ici-bas, elle nous rappelle qu’il faut élever l’âme vers le Haut pour apprendre à construire la cité des hommes ».

En conclusion il a exhorté tous les responsables religieux, à « démasquer la violence sous les airs d’une présumée sacralité, qui flatte l’absolutisation des égoïsmes au détriment de l’authentique ouverture à l’Absolu », affirmant que « seule la paix est sainte » et qu’aucune violence ne peut être perpétrée au nom de Dieu sans profaner son Nom. « Plus on grandit dans la foi en Dieu, plus on grandit dans l’amour du prochain », précisa-t-il.

Plaidant « en faveur de processus de paix pour la région moyenne-orientale tout entière », il expliqua encore que « pour prévenir les conflits et édifier la paix, il est fondamental d’œuvrer à résorber les situations de pauvreté et d’exploitation, là où les extrémismes s’enracinent plus facilement, et bloquer les flux d’argent et d’armes vers ceux qui fomentent la violence ».

Un attentat commis le 9 avril dernier, dimanche des Rameaux, avait fait une quarantaine de morts parmi les chrétiens égyptiens que le pape de Rome a désiré venir encourager et réconforter.  Son court séjour fut donc également marqué par sa rencontre avec le pape des coptes orthodoxes, Tawadros II, successeur de l’apôtre saint Marc, à la tête de dix millions de fidèles, trop souvent victimes de discrimination.

« Intensifions notre inlassable prière pour tous les chrétiens en Égypte et de par le monde entier, et spécialement au Moyen Orient », ont écrit ensemble les deux papes dans une déclaration qui valorise « l’œcuménisme du martyre ».

« Les expériences tragiques ainsi que le sang versé par nos fidèles persécutés et tués pour la seule raison d’être chrétiens rappellent à nous tous combien davantage l’œcuménisme du martyre nous unit et nous encourage sur le chemin de la paix et de la réconciliation », dit ce texte de référence, ajoutant que « les martyrs sont nos guides ». « Dans l’Église primitive, le sang des martyrs était la semence de nouveaux chrétiens. De même, de nos jours, puisse le sang des très nombreux martyrs être la semence d’unité parmi les disciples du Christ, un signe et un instrument de communion comme de paix pour le monde ».

Depuis la déclaration commune signée le 10 mai 1973, jalon sur le chemin de l’œcuménisme, le dialogue théologique entre les deux Églises a ouvert la voie à un dialogue plus large entre l’Église catholique et toute la famille des Églises Orientales orthodoxes. Au Caire, François et Tawadros II, ont accompli un nouveau pas, permettant de reconnaître le baptême administré respectivement dans leurs Églises pour toute personne qui souhaite rejoindre l’une ou l’autre.

Ainsi ce voyage de la fraternité et de l’unité, sans doute le plus délicat du pontificat, nous montre à chacun comment continuer à diffuser la paix par des gestes concrets.

1 Comment

  1. Marc dit :

    C’est chaque fois émerveillant de constater comment les personnes deviennent souriantes dans la rencontre avec le Pape François , vraiment « quelqu’un » vient les habiter et marcher au millieu d’elles!
    Marc

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