Sur les pas de saint Augustin, à Allumiere…

Dieu entend même ceux qui restent silencieux
3 novembre 2020

Je vous parlerai moins du Pape François, dont la popularité dépasse celle de son Eglise selon un sondage publié aujourd’hui dans le quotidien italien La Repubblica… Il n’est pas nécessaire d’en rajouter. Allons donc vers d’autres sujets, moins répétitifs et susceptibles de renforcer notre foi, loin des feux de la rampe parfois aveuglants.

Savez-vous par exemple que la Mère de Dieu est venue aux portes de Rome pour nous rappeler l’importance de nous laisser envelopper et habiter par la présence de la Trinité que nos raisonnements n’atteindront jamais ? « Je suis celle qui est dans la divine Trinité. Je suis la Vierge de la Révélation », dit-elle à Bruno Cornacchiola, en avril 1947, près de l’abbaye trappiste de Tre Fontane où saint Bernard lui-même avait eu une apparition mariale. C’est là que la tradition chrétienne situe la décapitation de l’apôtre Paul, vers l’an 67 : sa tête aurait rebondi trois fois, faisant jaillir trois sources…. Dieu n’oublie pas notre prière et sa grâce coule abondamment dans les lieux où des larmes de foi ont été versées avec amour.

Ainsi, plus près de nous, une statuette de la Vierge ramenée de Medjugorje a pleuré des larmes de sang, en 1995, sur le territoire de la paroisse Saint-Augustin, à Civitavecchia, au nord de Rome. J’y suis allé plusieurs fois en pèlerinage, découvrant à ma grande surprise que l’église dédiée à saint Augustin, où la statuette miraculeuse est proposée à la vénération des fidèles, se situe non loin de l’endroit ou ce grand docteur de l’Eglise africain, pécheur converti, eut une révélation concernant le mystère de la Trinité.

Depuis des siècles en effet la tradition rapporte que saint Augustin aurait séjourné sur le littoral du Latium, après avoir reçu le baptême à Milan des mains de saint Ambroise, en 387. Il voulait étudier  le mode de vie cénobitique, avant de repartir pour l’Afrique en 388, où il écrira et mettra en pratique sa règle de vie religieuse communautaire. Les religieux du monastère de la Sainte Trinité de Centumcellis, à Allumiere, sur les hauteurs de Santa Marinella, en Étrurie, l’accueillirent durant cette période. Au cours d’une promenade à quelques kilomètres de ce monastère, le long de la mer Tyrrhénienne, un ange se serait manifesté à lui sous l’apparence d’un très jeune garçon. Cette apparition fut représentée par de nombreux peintres, tels que Botticelli, Lippi ou Rubens.

L’enfant, avec une coquille, cherchait à mettre la mer tout entière dans un trou qu’il venait de creuser dans sable. Augutin, étonné, lui fit remarquer que c’était impossible, ce à quoi il s’entendit répliquer : « C’est plus facile pour moi que pour toi d’expliquer le mystère de l’insondable Trinité… ». « Je confesse que cette merveilleuse connaissance de Dieu dépasse ma faiblesse et que je ne peux m’élever jusqu’à elle », écrira-t-il dans De Trinitate, une de ses principales œuvres théologiques. Plaidant passionnément pour le primat du céleste, il parlera humblement de « Dieu qu’on sait mieux en ne le sachant point », nous invitant à vivre en présence de l’ineffable, pour aller vers toujours plus d’amour, dans l’aujourd’hui qui rejoint l’éternité. Croire c’est renoncer à tout comprendre mais garder dans son coeur.

Le plus antique document rapportant la révélation de l’ange, expérience jusque là racontée oralement, remonte au XIIème siècle. Il s’agit d’une vie de saint Guillaume de Montevergine, fondateur d’un ordre monastique, dont la statue est érigée dans la basilique Saint-Pierre de Rome. L’autre trace historique est une inscription faisant référence à cet événement mystique, retrouvée sur une pierre, dans domaine appelé alors « La fontaine de saint Augustin », parmi les ruines d’une villa datant du Moyen Âge, à deux pas de l’antique port étrusque de Giano où s’élevait jadis un temple de Janus, entre Tarquinia et Civitavecchia.

Je n’imaginais pas retrouver la présence de ce grand saint algérien à deux pas de Rome, moi qui ai grandi en Afrique du Nord, dans une petite communauté chrétienne vivante qui faisait sans cesse référence à saint Augustin. De plus le littoral où se s’est déroulée cette belle histoire rappelle beaucoup le paysage de mon enfance, le village de Jean Bart notamment, ce qui explique pourquoi je vais si régulièrement à la pêche à Santa Marinella, comme je vous le disais dans un article précédent…

Cet été je suis allé célébrer la fête de l’Assomption à Allumiere, au sanctuaire de Notre-Dame des Grâces, à 500 mètres d’altitude, dans les monts de la Tolfa, sur le flanc des Appenins. De là-haut, le panorama est extraordinaire, en particulier la vue sur Santa Marinella. Je repensais au séjour de saint Augustin dans cette région et à au témoignage si actuel qu’il transmet. Son âme demeure vivante à Allumiere, où se trouvaient pendant des siècles des mines d’Alun, « l’Alun de Rome » qui favorisait la belle couleur des tissus. Toutes les choses qui cuisaient avec cet Alun disait-on, s’illuminaient et s’éclaircissaient… Au plan spirituel demandons la lumière que procure la prière, à l’exemple des saints qui nous précèdent et nous accompagnent, sans nous décourager, comme Jésus le conseille à ses disciples, sachant que Dieu entend notre désir de lui et se souvient, de siècle en siècle, pour le bonheur aussi de nos frères et sœurs en humanité qui après nous vivront.

 

2 Comments

  1. Andrée Vayne dit :

    On a envie de le lire au fur et à mesure, ça nous emmène avec Saint Augustin sur ce rivage .. on sent presque l’odeur de la mer …un moment de fréquentation de St Augustin.

  2. S. Tadié dit :

    Article passionnant! On n’a pas fini de découvrir les précieux vestiges du passage de cet immense Saint dans nos contrées! Merci François.

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