« Là où a surabondé la destruction que puisse aujourd’hui surabonder l’espérance »

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Lors de la messe célébrée par le Pape François au Japon dimanche dernier, pour la fête du Christ Roi, nous avons tous été bouleversés de découvrir, près de l’autel, le buste d’une statue de la Vierge Marie, noircie, aux yeux vides, figurant le visage de l’humanité souffrante. Recueillie dans les décombres de la cathédrale de Nagasaki, cette représentation mariale en bois, rescapée du bombardement atomique américain, témoignait de l’indescriptible horreur commise par la plus grande puissance mondiale.

La statue aurait été offerte par le futur saint Maximilien Kolbe, martyr d’Auschwitz, qui avait fondé la Cité de l’Immaculée dans cette ville où la petite communauté catholique, confrontée à de terribles persécutions, préserva sa foi dans la clandestinité durant 250 ans, après l’évangélisation du pays par le jésuite saint François-Xaxier.

Ainsi les responsables des Etats Unis d’Amérique choisirent de frapper au cœur même de la présence catholique en Asie, en larguant « Fat Man » qui fit environ 120 000 victimes, dont 40 000 sur le coup. Trois jours avant, le 6 août 1945, le jour de la fête de la Transfiguration, ils avaient lancé « Little Boy » sur Hiroshima, provoquant la mort brutale ou progressive de 200 000 personnes. Ecorchés vifs, vêtements en lambeaux, les survivants se sont traînés, hagards, après avoir vu tous les bâtiments s’effondrer, des trains remplis de passagers projetés dans les airs, et 300 000 d’entre eux souffrent encore des séquelles de ce crime inqualifiable et encore impuni… Pour la première fois dans l’histoire l’arme nucléaire de destruction massive avait été utilisée contre des populations civiles, en toute bonne conscience démocratique et pacificatrice.

Marchant sur les pas de saint Jean-Paul II, venu à Nagasaki en 1981, François a fait mémoire au cours de la célébration, de la souffrance inexplicable de tant d’innocents, confiant également dans la prière ceux qui continuent de souffrir aujourd’hui, dans cette  « troisième guerre mondiale par morceaux » qu’il dénonce depuis son élection.

À l’Hypocenter of Atomic Bombing, la zone d’impact majeure de l’explosion infernale, le Saint-Père a ensuite affirmé que « la paix et la stabilité internationales sont incompatibles avec toute tentative de compter sur la peur de la destruction réciproque ou sur une menace d’anéantissement total ».

Se fondant toujours sur une spiritualité de la solidarité globale qui jaillit du mystère de la Trinité (Laudato si’, n°240), il a plaidé en faveur d’une éthique de coopération au service d’un avenir façonné par « l’interdépendance et la coresponsabilité au sein de toute la famille humaine », considérant que l’argent dépensé pour fabriquer ces armes est « un outrage continuel qui crie vers le ciel ».  

Dans le sillage aussi du bienheureux Jean XXIII et de saint Paul VI, le Pape s’est adressé aux responsables politiques, se disant convaincu qu’un monde sans armes nucléaires est possible et nécessaire, d’autant plus que « ces armes ne nous défendent pas des menaces contre la sécurité nationale et internationale de notre temps ». « Il devient crucial de créer des instruments qui assurent la confiance et le développement mutuel, et de compter sur des leaders qui soient à la hauteur des circonstances », a-t-il martelé, avant de prononcer les mots émouvants de la célèbre prière de saint François d’Assise, « Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix… ».

Au Mémorial de la Paix d’Hiroshima, plus tard dans la même journée, François a voulu réaffirmer fermement que « l’utilisation de l’énergie atomique à des fins militaires est immorale », évoquant à nouveau sur le ton des prophètes bibliques le risque pour le monde de s’autodétruire.

« Je voudrais humblement être la voix de ceux dont la voix n’est pas entendue et qui regardent avec inquiétude et angoisse les tensions croissantes qui traversent notre époque… la grave incapacité de prendre soin de notre maison commune, le recours constant et spasmodique aux armes, comme si celles-ci pouvaient garantir un avenir de paix », a souligné le successeur de Pierre, invoquant solennellement le « Dieu de Miséricorde et Seigneur de l’histoire » avec cette prière à laquelle nous nous associons : « Viens, Seigneur, car il se fait tard ! Et là où a surabondé la destruction que puisse aujourd’hui surabonder l’espérance qu’il est possible de réaliser une histoire différente ! Viens, Seigneur, Prince de la paix, fais de nous des instruments de ta paix ! ».

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