« Il ne faut pas gaspiller ces jours difficiles »

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« J’ai été très émue de voir aux infos les camions militaires transportant, en pleine nuit, les cercueils pour le crématorium, quelle tristesse ! », m’écrit une amie française. De fait, en Italie, pays le plus touché par le virus, beaucoup de morts n’ont pas de sépulture, l’armée continue à brûler les corps en raison du manque de place dans les cimetières. L’ambiance est d’autant plus infernale que ces défunts n’ont pas de funérailles puisque les célébrations religieuses sont interdites. Nous avons le sentiment d’être comme à la guerre, depuis maintenant plus d’un mois. Les deux premiers décès ont été signalés le 22 février ; au 24 mars les statistiques italiennes annoncent près de 7000 décès et environ 70 000 personnes porteuses du coronavirus. La croissance exponentielle du nombre de victimes nous accable. Derrière les chiffres, n’oublions pas qu’il y a des visages, des personnes… Les familles n’arrivent pas à joindre leurs proches hospitalisés, souvent elles ne sont pas informées lorsqu’ils décèdent. Les relations de proximité sont empêchées et les libertés publiques mises entre parenthèses, nous portons des masques et des gants à chaque rare sortie de chez nous, des queues interminables se forment devant les magasins… Jusqu’à quand va durer ce cauchemar apocalyptique, quand sortirons-nous de ce tunnel de peur et de mort ?

La polémique fait rage dans l’opinion publique car l’Europe de Bruxelles, myope, égoïste, divisée, a été incapable d’anticiper une telle catastrophe. Au fil des années, les moyens des hôpitaux ont été réduits dans un souci d’économie. Tandis que l’espoir d’un traitement apparaît en France, grâce au professeur Didier Raoult, courageux médecin marseillais qui a engagé un bras de fer avec certains lobbies, des médecins chinois, russes et cubains, viennent au secours de l’Italie ; dans leur pays le veau d’or de la rentabilité n’a pas la priorité sur le service aux personnes! Et pendant ce temps la marine américaine annonce qu’elle vient de tester, jeudi dernier, un nouveau missile hypersonique depuis une base hawaïenne… De son côté, le cardinal asiatique Malcom Ranjith, archevêque de Colombo, considère dans la presse que ce virus a été créé en laboratoire par une nation riche et puissante, et demande aux Nations Unies d’ouvrir une enquête internationale.

Bien impuissants face à la situation et aux débats qu’elle suscite, en attendant la fin de cette tragédie sanitaire qui terrifie toute l’humanité, nos lieux de vie deviennent comme des petites églises domestiques, et nous nous sentons proches les uns des autres dans une sorte de « fraternité du désert » entretenue en grande partie par les réseaux sociaux. Récemment l’exemple d’un prêtre infecté par le coronavirus, Giuseppe Berardelli, âgé de soixante-douze ans, nous a tous beaucoup touchés : il aurait laissé sa place en assistance respiratoire à un jeune homme afin de lui sauver la vie, décédant lui-même quelques instants plus tard. De tels fruits de sainteté sont probablement nombreux et nous encouragent dans l’espérance.

Sur ce chemin de lumière, le Pape François est plus que jamais actif pour nous soutenir. Il donne rendez-vous à tous les chrétiens mercredi 25 mars à midi, pour réciter le Notre Père. « En ces jours d’épreuve, alors que l’humanité tremble devant la menace de la pandémie, je voudrais proposer à tous les chrétiens d’unir leurs voix dans la prière vers le Ciel », a-t-il expliqué après la récitation de l’Angélus, dimanche dernier. « Le jour où de nombreux chrétiens se souviennent de l’annonce à la Vierge Marie de l’incarnation du Verbe, que le Seigneur entende la prière unanime de tous ses disciples qui se préparent à célébrer la victoire du Christ ressuscité », a-t-il souligné, invitant les chefs des Églises, les dirigeants des communautés chrétiennes, ainsi que tous les chrétiens des différentes confessions, à réciter en même temps la prière que Jésus nous a apprise. « À la pandémie du virus, nous voulons répondre par l’universalité de la prière, de la compassion, de la tendresse », a déclaré le Saint-Père, annonçant que ce vendredi 27 mars, à 18h, sera proposé un temps d’adoration du Saint Sacrement, depuis le parvis de la basilique Saint-Pierre, suivi de la bénédiction Urbi et Orbi. Il sera possible de recevoir l’indulgence plénière, c’est-à-dire la rémission de la pénitence encourue en raison d’un péché pardonné.

Alors que nous ne pouvons accéder physiquement aux sacrements, le Pape nous entraîne avec lui dans une communion spirituelle profonde, suggérant que nous nous présentions « l’âme nue » devant Dieu… Depuis quelques jours, lors de la messe du matin retransmise en direct, il insiste beaucoup sur le pardon de Dieu qui n’a pas de limite. S’appuyant sur le Catéchisme de l’Eglise catholique (numéros 1451 et 1452), il a dit récemment que durant cette période d’isolement à la maison nous pouvons nous confesser à Dieu, dans un dialogue confiant avec lui, en ayant la ferme intention de recevoir le sacrement de la réconciliation quand les confesseurs seront de nouveau accessibles.

« Il ne faut pas gaspiller ces jours difficiles », a fait remarquer François le 18 mars dans un entretien au quotidien laïc La Repubblica, suggérant à chacun plus d’attention envers les proches, dans les petites choses comme par exemple « recommencer à se parler ». « À mon avis c’est à cette « concretezza » que la douleur de ces jours doit nous ouvrir », notait-il, faisant allusion aux actes d’amour concrets que nous pouvons choisir de poser. Le 20 Mars, dans un autre journal laïc, La Stampa, il renouvelait cet appel à « regarder l’autre dans un esprit de solidarité », et à se comporter en conséquence, puisque nous avons tous en commun l’humanité et la souffrance.
Le repentir est certainement à l’ordre du jour, et dans son sillage la paix avec nous-mêmes, avec les autres et avec la planète que nous avons blessée. C’est un temps de grâce inespéré finalement. Demandons aux myriades d’anges leur aide pour vivre cette période un peu apocalyptique de notre vie, eux qui participent à la liturgie du Ciel, réunion invisible à laquelle nous sommes conviés mystérieusement pour chanter le cantique nouveau d’une humanité enfin guérie de tout mal, délivrée et réconciliée.

 

Prières de communion spirituelle, proposées par le Pape François

« À tes pieds, ô mon Jésus,
je m’incline et je t’offre le repentir de mon cœur contrit qui s’abîme
dans son néant et Ta sainte présence.
Je t’adore dans le Saint Sacrement de ton amour,
désireux de te recevoir dans la pauvre demeure que mon cœur t’offre.
En attente du bonheur de la communion sacramentelle,
je veux te posséder en esprit.
Viens à moi, ô mon Jésus, que je vienne à toi.
Que ton amour enflamme tout mon être, pour la vie et la mort.
Je crois en toi, j’espère en toi, je t’aime. Ainsi soit-il. »

Cardinal Rafael Merry del Val (1865-1930)

 

« Je crois, mon Jésus, que tu es réellement présent dans le Très Saint Sacrement de l’autel.

Je t’aime par-dessus toute chose et je désire ardemment te recevoir dans mon âme.

Puisque je suis incapable de Te recevoir de façon sacramentelle, entre au moins spirituellement dans mon cœur.

Je T’embrasse comme si Tu y étais déjà et je m’unis entièrement à Toi.

Ne permets jamais que je sois séparé de Toi. Amen. »

Saint Alphonse Marie de Liguori (1696-1787)

3 Comments

  1. VAYNE Andrée dit :

    On voudrait que chacun aille se nourrir de ce que nous dit le Pape François jour après jour pour avancer avec lui, ensemble.

  2. ERIC MUTH dit :

    Cher Monsieur,

    Merci pour tous ces beaux articles qui redonnent confiance. Je vous écris de la part d’Alain Guiot de Lourdes, merci de me laisser votre adrese mail.
    Très cordialement Eric MUTH ( Journaliste à Lourdes)

    • François Vayne dit :

      Cher Eric, merci de votre message, je vous adresse tout de suite un mail à l’adresse avec laquelle vous m’avez écrit. En communion d’espérance! François

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